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| Le Chevalier suprême, Carl A. Anderson, et sa femme, Dorian, participent à l’Eucharistie du 125e anniversaire, à l’église St. Mary, de New Haven. |
En une occasion telle qu’un 125e anniversaire, il serait normal de passer en revue les grandes réalisations et les grandes personnalités qui ont mené notre Ordre aux sommets que l’on connaît. Mais ce soir, je préférerais porter le regard non vers l’arrière, mais plutôt vers l’avant, afin de nous attarder au formidable défi auquel notre Église fait face aujourd’hui, et aux moyens que nous devrions prendre pour aider à relever celui-ci.
Tout au long de notre histoire, nous avons dû surmonter plusieurs défis liés à l’acceptation de notre religion. Or malgré les embûches, nous pouvons toujours compter aujourd’hui sur de solides fondations. George Washington a bien décrit la vision des Pères fondateurs sur place de la religion dans la vie des États-Unis lorsqu’il a déclaré : «De toutes les dispositions et habitudes qui mènent à la prospérité politique, la religion et la moralité sont des supports indispensables. En vain un homme réclamerait l’hommage du patriotisme, qui travaillerait à renverser ces grands piliers du bonheur humain.»
Je suis persuadé que les fondateurs des Chevaliers de Colomb auraient été bien d’accord avec notre premier président.
Mais aujourd’hui, hélas, George Washington aurait de la difficulté à obtenir un appui unanime. Car ce qu’on observe, c’est un acharnement à expulser la religion hors de la vie publique de notre nation — afin de créer, selon les mots d’un auteur catholique, une «place publique dénudée», dans laquelle les mots «Sous Dieu» et «Nous avons confiance en Dieu» sont éradiqués en tant que symboles nationaux.
Même triste constat à faire outre-Atlantique, où le Parlement européen refuse de reconnaître dans sa constitution les racines chrétiennes communes à toute l’Europe.
Que s’est-il donc passé pour en arriver là?
La réponse se trouve probablement dans l’influence qu’ont exercée des hommes que je qualifierais de pères de la société moderne sécularisée. Je pense à Karl Marx, Friedrich Nietzsche, Sigmund Freud et Jean-Paul Sartre.
Lorsque Marx a par exemple décrit la religion comme étant «l’opium du peuple», il a lancé une attaque qui allait ultimement mener à la destruction de milliers d’églises et au meurtre de millions de prêtres et fidèles, dans des pays tels que la Pologne et l’Ukraine.
Et bien que les régimes communistes soient par ailleurs disparus du sol européen, leur influence demeure forte.
Nietzsche, Freud et Sartre ont employé d’autres mots pour discréditer la religion, mais ils n’en ont pas moins entériné au passage la thèse de Marx. De nos jours, nous pourrions aisément rejeter cette idée marxiste sur la place de la religion dans la société, mais tous ne sont pas de notre avis. Beaucoup de personnes, sans reprendre le cliché sur à «l’opium du peuple», seraient cependant d’accord pour dire que la religion est une sorte de drogue dangereuse, voire destructrice.
Ils se disent par exemple : «Quel type de société accepterait que ses institutions fondamentales fassent écho à une telle dépendance ou donnent voix au chapitre à ceux qui en font la promotion?» Poser la question, c’est y répondre : aucune. Aucune société saine ne saurait tolérer un tel comportement, octroyer des privilèges en conséquence ou reconnaître qu’il s’agit d’une chose moralement acceptable.
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| Mgr Henry Mansell, archevêque de Hartford, préside l’Eucharistie anniversaire à l’église St. Mary, de New Haven, en concélébration avec l’aumônier suprême, Mgr William Lori, évêque de Bridgeport, et Mgr Thomas Daily, évêque émérite de Brooklyn et ancien aumônier suprême. |
Vu sous cet angle, on comprend que certaines élites insistent sur la nécessité d’instaurer une «place publique dénudée» ou pourquoi ils ne permettent pas d’exercer un droit de conscience dans les hôpitaux, écoles et autres entités catholiques.
On pourrait avancer une autre raison expliquant ce lent et constant dérapage. En l’occurrence, l’impact notable qu’a eu l’existentialisme — cette philosophie préconisant que l’existence précède l’essence.
Quelle différence cela peut-il faire, pourriez-vous demander. Pensez un instant à la décision de la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Roe c. Wade, stipulant qu’un enfant à naître n’est rien d’autre qu’une «vie humaine potentielle». N’est-ce pas là le reflet juridique de l’idée de base de l’existentialisme, voulant en substance qu’un être crée sa propre nature par ses choix?
Autrement dit, un embryon peut être traité comme s’il n’était pas encore tout à fait humain. Or si dire que les êtres entament leur vie en n’étant pas réellement humains permet de justifier l’avortement, le même raisonnement peut s’appliquer aux êtres approchant la fin de leur vie, qu’on ne considère pas totalement humains afin de justifier, cette fois, l’euthanasie.
Tous ces penseurs modernes ont exercé une influence sur le développement de nos lois, et peut-être de manière encore plus importante que l’on pense.
Car il n’y a pas de place, dans l’existentialisme, pour la notion de loi naturelle. Même chose pour la compréhension marxiste de la dialectique, pour la recherche d’une morale «par-delà le bien et le mal» comme Nietzsche ou pour la théorie freudienne de l’interprétation des rêves.
En fait, toutes ces écoles modernes de pensée excluent nécessairement l’idée qu’une loi naturelle puisse préexister. Or lorsque le sentiment de l’existence d’une telle loi disparaît, les lois appuyant la compréhension chrétienne du mariage, de la famille et de la vie elle-même deviennent difficiles à maintenir, tant dans les tribunaux qu’au sein des gouvernements.
Mais d’une certaine manière, c’est encore pire que cela.
Dans la société actuelle, la loi naturelle n’est plus perçue comme étant une indication spéciale inscrite dans le cœur de chaque personne. À l’opposé, elle est considérée comme tout à fait contraire aux intérêts de la personne et même nuisible à sa liberté. La loi naturelle est perçue comme quelque chose de fabriqué, d’abstrait, d’artificiel.
Aujourd’hui, les catholiques sont vus par plusieurs dans la société comme des gens qui veulent participer aux débats actuels en brandissant une vieille référence périmée, la «loi naturelle». Ce cadre de référence, au dire de nos adversaires, impose des contraintes déraisonnables à la liberté individuelle tout en restreignant «la poursuite du bonheur».
Le théologien catholique Henri de Lubac a résumé la situation en écrivant que «L’humanisme moderne se construit donc sur un ressentiment et débute par une option» (Le drame de l’humanisme athée). Nietzsche a exprimé encore plus précisément cette «option», ce choix, en disant en substance que ce qui s’oppose au christianisme, ce sont moins nos arguments que notre goût.
Les Pères fondateurs de la Constitution américaine étaient radicalement différents des pères fondateurs de la société sécularisée moderne — Marx, Nietzsche, Freud et Sartre. Ces derniers, au contraire de Madison, Jefferson et Washington, n’avaient aucun intérêt à se trouver des valeurs communes avec la tradition chrétienne, non plus qu’ils respectaient la religion ou la morale religieuse. Bien au contraire, ils ont cherché à bâtir une société totalement dénuée de principes et de préceptes moraux chrétiens.
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| Mgr Henry Mansell, archevêque de Hartford, adresse la parole lors de l’Eucharistie du 125e anniversaire, à l’église St. Mary. |
Or ils auront atteint en bonne partie leur but, quand on songe au traitement aujourd’hui réservé dans notre société au mariage, au divorce, à l’avortement et à l’euthanasie. Déjà, certains parlent de la «culture de l’avortement» et de la «culture du divorce». Et bientôt, on peut le prévoir, les sociologues mettront le doigt sur d’autres types de transformations sociales.
Vous aurez remarqué, j’en suis sûr, que Marx, Nietzsche, Freud et Sartre sont tous des Européens et que leur influence, sur ce continent, a été, le moins qu’on puisse dire, énorme. L’Europe a déjà entrepris de profondes transformations sociales, et l’une des conséquences aura été de marginaliser de plus en plus le christianisme. La participation à la messe dominicale, dans certains pays européens, est à ce point faible que des églises catholiques sont transformées en mosquées.
Va-t-il se passer la même chose sur le continent américain? Le passé récent en Europe est-il garant de l’avenir qui nous attend, en Amérique du Nord et ailleurs?
Voilà plus de 70 ans, alors que les sombres nuages annonçant la Seconde Guerre mondiale s’amoncelaient en Europe, le grand philosophe catholique français Jacques Maritain observa qu’à la base de la crise, «il y a un profond ressentiment contre le monde chrétien — et non seulement le monde chrétien, mais (aussi) le christianisme lui-même.» Maritain insista pour dire que ce ressentiment était essentiellement dirigé contre ces chrétiens qui, a-t-il écrit en substance, n’ont pas su donner vie à la vérité dont ils étaient les dépositaires. (Humanisme intégral).
Peu avoir pris position de la sorte, l’Europe, et bientôt le monde entier, fut plongée dans une guerre provoquée par des régimes qui reflétaient ce profond ressentiment à l’encontre du christianisme. Aujourd’hui, plus de 50 ans après, la menace qui pèse contre le christianisme provient toujours de ceux qui nourrissent du ressentiment à son égard. La menace posée par le sécularisme est moins violente, certes, mais potentiellement tout aussi fatale. L’analyse faite de cette menace des années 1930 par Jacques Maritain nous suggère la réponse à apporter dans notre situation actuelle : nous devons témoigner de manière plus puissante et plus visible de notre attachement au catholicisme, afin de rendre présente aux yeux d’un monde sceptique et cynique la réalité vivante de Jésus-Christ.
En ce 125e anniversaire des Chevaliers de Colomb, nous devons nous employer comme catholiques à renverser la tendance.
Nous devons commencer par le renouvellement spirituel de la vie catholique et un ré-engagement envers notre mission caritative comme catholiques. Ce renouvellement doit s’opérer là même où les gens vivent — au sein de nos familles et, particulièrement, de nos paroisses. Comme c’est le cas depuis notre création, ce renouvellement doit s’effectuer en étroite collaboration avec nos prêtres.
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| Le Chevalier suprême, Carl A. Anderson, prononce de discours principal au banquet de fête en l’honneur des prêtres du Connecticut, à l’occasion du 125e anniversaire des Chevaliers. |
En août dernier, le pape Benoît XVI a dirigé une courte séance de questions-réponses avec des prêtres du diocèse où est située sa résidence estivale de Castel Gandolfo. Il a alors dit : «Le curé ne peut pas tout faire! C'est impossible! Il ne peut pas être un ‘soliste’, il ne peut pas tout faire, et il a besoin des autres agents de la pastorale.»
Ce faisant, le Saint-Père réaffirmait une vérité bien connue et bien comprise par notre fondateur. Une vérité qui a guidé son action quand il a fondé l’organisation des Chevaliers de Colomb.
L’abbé Michael J. McGivney aurait aisément pu diriger les Chevaliers dès le départ. Mais il a senti fortement que ses responsabilités pastorales primaient. Il était persuadé que les Chevaliers allaient le mieux contribuer à la vitalité de la paroisse en étant une organisation dirigée par des laïcs. En fait, il avait une vision du laïcat bien en avance sur son temps. Une vision qui allait être articulée de manière complète lors du concile Vatican II, dans le cadre de la constitution pastorale Gaudium et Spes.
J’ai longtemps considéré providentiel le fait que l’abbé McGivney ait fondé notre Ordre en 1882 — l’année où le philosophe allemand Nietzsche a écrit que «Dieu est mort». L’abbé McGivney n’aurait jamais écrit un livre pour réfuter l’affirmation de Nietzsche; il a plutôt choisi d’inscrire sa réponse dans le cœur vivant de chaque homme.
Ces hommes qu’on appelait «Chevaliers» — les chevaliers de l’abbé McGivney — n’allaient pas demeurer enfermés dans leurs tours d’ivoire afin de débattre avec les philosophes. Ils ont préféré aller sur le terrain. Si bien que depuis 125 ans maintenant, nous incarnons la réponse de l’abbé en tant que Chevaliers de Colomb, fournissant un témoignage vivant de la réalité de l’Évangile de la vie à travers nos œuvres axées sur la charité, l’unité et la fraternité.
En vertu de cette dévotion à ce jeune curé qui a rendu ces 125 ans possibles grâce à sa vision et à son courage, nous avons travaillé fort ces dernières années à établir des Conseils de paroisse et à promouvoir une plus grande solidarité avec nos prêtres.
Nous sommes fiers d’avoir mérité à plus d’un égard le titre de «puissant bras droit de l’Église». Nous pouvons notamment nous enorgueillir de rendre service à notre Saint-Père ainsi qu’à nos évêques. Nos plus grandes contributions, cela dit, s’effectueront toujours à l’échelle paroissiale. C’est là que nous devons faire notre marque, comme le puissant bras droit de l’Église locale ainsi que celui de nos curés.
Des milliers de prêtres de paroisse sont des membres actifs des Chevaliers de Colomb, et des milliers de Conseils sont déjà actifs au sein de paroisses. Nous sommes providentiellement bien placés pour aider au renouvellement de la vie paroissiale dans chacun des pays où nous sommes présents.
Chaque paroisse peut bénéficier de nos œuvres caritatives, de nos programmes de dévotion mariale et eucharistique, de même que de nos efforts pour promouvoir la vie familiale et les vocations sacerdotales.
Chaque paroisse peut bénéficier de nos programmes, et chacune d’entre elles devrait s’en prévaloir. Cette année, en l’honneur du curé qui a été notre fondateur, les Chevaliers de Colomb s’engagent à consacrer de nouvelles énergies afin d’augmenter la vitalité et la spiritualité qui aideront nos paroisses à devenir le fer de lance du renouveau et de la dynamisation de l’Église catholique. Au fur et à mesure que nous avancerons dans l’année, nous exposerons plus en détails comment nous allons nous y prendre pour atteindre cet important objectif.
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| Le Chevalier suprême, Carl A. Anderson, adresse les remarques d’ouvertures lors du banquet du 125e anniversaire. |
À compter de maintenant, à l’occasion de ce 125e anniversaire des Chevaliers de Colomb, réaffirmons tous notre engagement à l’égard du rêve de l’abbé McGivney: chaque paroisse doit compter sur une présence active de Chevaliers de Colomb, et chaque curé devrait voir dans les Chevaliers de Colomb son puissant bras droit qui l’aidera à dynamiser la vie de sa paroisse.
Aujourd’hui, nous disons «merci» à un curé très spécial, le Serviteur de Dieu abbé Michael J. McGivney, à qui nous devons tant.
Aujourd’hui, nous disons «merci» aux milliers de prêtres à travers l’Amérique, l’Europe et l’Asie qui, à titre de loyaux Chevaliers de Colomb, ont tant fait pour aider notre Ordre à grandir et à bien se porter.
Aujourd’hui, nous disons «merci» à chaque curé et chaque prêtre de leur paroisse. Notre reconnaissance s’accompagne d’une promesse et d’un engagement envers encore plus de solidarité, en route pour le renouveau de nos paroisses, afin que le monde prenne conscience de sa plus précieuse réalité: Vivat Jesus!
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