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| Le Cardinal Bertone |
Premièrement, permettez-moi encore une fois d’exprimer ma profonde gratitude envers le Chevalier suprême Carl A. Anderson et les confrères Chevaliers pour l’invitation de visiter Nashville pour ce 125e Congrès historique des Chevaliers de Colomb. Je suis honoré de l’occasion de vous adresser ce soir sur un sujet aussi cher personnellement que ce ne l’est pour Sa Sainteté le Pape Benoît XVI: La Foi en action En témoignant du ‘Oui’ de Jésus-Christ.»
Ce soir, je vais méditer sur l’importance du ‘Oui’ pour un fidèle laïc. Je vais indiquer quelques caractéristiques de base d’une vocation laïque dans l’Église et dans la société en général, et je vais signaler quelques défis auxquels font face les laïcs aujourd’hui.
Dans son travail comme théologien et maintenant dans son ministère comme successeur de Pierre, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a attiré l’attention, à plusieurs reprises, sur le rôle distinct et irremplaçable des laïcs dans la mission de l’Église dans le monde moderne. À l’âge de 78 ans, le Pape Benoît a dit ‘Oui’ à ses frères cardinaux, à l’Église et à l’Esprit-Saint quand on lui a demandé d’accepter le ministère de Saint-Pierre après un long et remarquable règne du serviteur de Dieu, le Pape Jean-Paul II. L’empressement du Saint-Père d’assumer les devoirs pastoraux comme Pasteur en chef de l’Église universelle témoigne de l’attitude fondamentale requise par chaque Chrétien – Pape, évêque, prêtre, personne consacrée ou laïque, c'est le caractère illustré par la Vierge dans son humble réponse au messager du Seigneur à Nazareth : «Fiat» - «Oui»
Le «Oui» de la foi en Jésus-Christ
Mais quelle est exactement l’essence de ce «Oui»? Plus spécifiquement, comment un laïc peut-il le vivre?
En réponse à la première question, ce «Oui» est simplement un «Oui» de foi. C’est une acceptation complète, non mitigée de Jésus-Christ comme Seigneur et notre engagement à le suivre comme maître et enseignant. En effet, le mot «Oui» n’a du sens que dans un contexte de dialogue entre deux personnes: l’une qui prononce le «Oui» et l’autre qui l’accepte. Dans le cas de la foi, la personne à qui on prononce ce «Oui» est nul autre que le Fils de Dieu, le Sacré, l’Éternel fait chair. Le Pape Benoît met l’emphase sur la nécessité cruciale que chacun de nous rencontre Jésus; de façon plus importante, il a montré et continue à montrer - autant en paroles qu’en gestes – que le véritable accomplissement, la joie et la paix durable ne peuvent être atteints qu’en disant «Oui» au plan de salut de Dieu révélé dans la personne de Jésus-Christ. Seulement en communication intime avec le Fils incarné découvrons-nous la grâce de «mettre notre foi en action».
Votre fondateur l’abbé Michael McGivney était prophétique – en fait, bien avant son temps – en ce qu’il avait très bien compris que le total et complet «Oui» au Christ n’était pas exclusif à ceux qui étaient ordonnés ou avaient fait des vœux de religion. Au contraire, c’est un «oui» exigé pour tout homme et toute femme.
Comme jeune curé à l’église St-Mary à New Haven, l’abbé McGivney devint profondément conscient de la nécessité des laïcs d’être activement et pleinement engagés dans la vie de l’Église en exerçant des vertus, en cultivant les prières et en s’occupant des autres. Il avait une profonde reconnaissance des caractéristiques spéciales d’une vocation laïque comme étant immergée dans les sphères de la famille, de la société civile et de la vie publique. Le but qu’il s’est donné fut de développer des moyens pratiques pour s’assurer que la foi puisse se traduire en actions concrètes: en particulier, en subvenant aux besoins matériels des orphelins, des veuves, des prisonniers, des alcooliques, des chômeurs et des indigents.
Cependant, il est quelquefois facile d’oublier que la conviction de l’abbé McGivney se basait sur une idée encore plus fondamentale, soit que notre préoccupation pour ceux et celles dans le besoin et notre persévérance dans les œuvres de charité est éventuellement atténuée et privée de sa signification profonde si elle n’est pas enracinée dans la foi – foi entendue comme l’omniprésence de la Sainte Trinité dans nos cœurs par la grâce divine lorsque nous renouvelons notre «Oui» chaque jour à Jésus-Christ.
Foi et Amour
C’est précisément le message que le Pape Benoît XVI transmet dans sa lettre encyclique Deus Caritas Est. Quand on lui a demandé pourquoi il vouait sa première encyclique au thème de l’amour, il a répondu qu’il souhaitait manifester la foi à l’humanité. Seulement en vivant une vie de foi – c'est-à-dire seulement en nous immergeant profondément dans l’amour et la miséricorde de Dieu révélé par Jésus-Christ – serons-nous capable d’aimer et de pardonner à notre prochain comme à nous-même. Quand on doit vivre cette foi au milieu d’un monde de plus en plus complexe et contradictoire, personne ne connaît autant les obstacles et les défis qui peuvent nous décourager que les laïcs de l’Église. Que ce soit dans la vie familiale, au travail ou sur la place publique, les personnes laïques sont continuellement tentées de compromettre leur «Oui» à Dieu en diluant les valeurs de l’évangile et en plaçant des limites ou conditions sur l’amour du prochain.
Le Saint-Père a souligné les défis uniques posés par le monde contemporain sur les vocations laïques lors de sa visite pastorale au Brésil: Remarquant que l’Amérique est un «continent de Chrétiens baptisés», il a affirmé que «c’est le temps de vaincre l’absence notable – dans la sphère politique, dans le monde médiatique et dans les universités – de voix et d’initiatives de chefs catholiques avec des personnalités fortes et un dévouement généreux, qui sont cohérents dans leurs convictions éthiques et religieuses.» Le Pape a fortement insisté sur la nécessité des Chrétiens d’être actifs dans ces milieux sociaux et culturels pour se battre pour la sauvegarde des valeurs morales. En plus, il a dit «Lorsque Dieu est absent – Dieu avec la figure humaine de Jésus-Christ – ces valeurs ne se montrent pas dans leur pleine force et aucun consensus n’en ressort. Je ne veux pas dire que les non-croyants ne peuvent vivre une morale noble et exemplaire, je dis simplement qu’une société où Dieu est absent ne trouvera pas le consensus nécessaire sur les valeurs morales ou la force de vivre selon ces valeurs même lorsqu’ils sont en conflit avec des intérêts personnels.» En résumé, être un Catholique dans le monde actuel prend du courage, mais cela n’en prend pas plus que pour les premiers disciples appelés par Jésus en Galilée.
Le rôle du fidèle laïc: Vatican II et Benoît XVI
Le Saint-Père a encadré son enseignement sur le rôle des laïcs dans le contexte du Concile Vatican II et l'entremêle avec l'enseignement du Pape Jean-Paul II. Le principe directeur est toujours le même soit «l'appel universel à la sainteté».2
«C’est très clair», les pères du Concile nous enseignent-ils, «que tous les Chrétiens de tous horizons sont appelés à vivre pleinement leur vie chrétienne à la perfection de la charité.» En ce sens que c’est un appel à la sainteté, l’appel pour un laïc n’est pas moins une ‘vocation’ que pour un prêtre ou un religieux ou une religieuse. Cela revêt sa propre nature ce qui est absolument essentiel au bien-être général du fonctionnement du Corps de Christ, l’Église. Lumens Gentium explique: «C’est une vocation spéciale pour le laïc de rechercher le Royaume de Dieu en s’engageant dans des affaires temporelles et les dirigeant en suivant la volonté de Dieu.»
Simplement, si les laïcs sont pour «exécuter» et «développer» des affaires temporelles «selon le Christ,» ils doivent d’abord connaître le Christ. Ils doivent suivre sérieusement l’exhortation de Saint-Paul d’avoir «l’esprit du Christ» La vision de l’Église proposée par Saint-Paul et élaborée par le Concile du Vatican II exige non seulement notre engagement actif dans le monde, mais premièrement notre engagement actif avec Jésus. Sinon, nous pouvons tomber dans le piège de confondre la voie du Christ avec les voies du monde.
À travers la passion du Christ, sa mort, sa résurrection et son ascension, il a renouveler la face du monde mais – c’est clair dans les mots qu’il rapporte de l’évangile de Saint-Jean – le «monde ne connaît pas» encore le Christ et en fait «hait» le Christ. Ce n’est pas surprenant que les Chrétiens rencontrent souvent de la résistance, de l’opposition et même de la persécution dans le monde. Le Pape Benoît nous rappelle que la seule réponse pour un Chrétien face au rejet est l’amour – une réponse faite possible par la grâce du Christ. Parce que l’existence même de Dieu est l’amour, l’amour est l’essence même de la vie chrétienne. L’appel universel à la sainteté partage cet amour patiemment, délibérément et «de façon programmée» avec le monde. C’est pour cette raison que la métaphore de «levain»-utilisé par notre Seigneur et adopté par le concile Vatican II - décrit si bien la réalité concrète de vivre comme Chrétien dans ce monde: un monde où les Chrétiens sont souvent cachés, mais quand même prêts et constants, faisant lever la pâte.
«L’Église s’est mise humblement en route dans son voyage entre les douleurs de ce monde et la gloire du Seigneur. Dans ce voyage, nous devons croître en patience.» Néanmoins, comme le Saint-Père l’a noté, «l’Église catholique grandit dans chaque siècle. Aujourd’hui aussi, la présence du Seigneur crucifié et ressuscité augmente. Il a encore ses plaies mais c’est justement à travers ses plaies qu’Il renouvelle le monde donnant ce souffle qui renouvelle aussi l’Église en dépit de notre pauvreté… Dans cette combinaison de l’humilité de la Croix et de la joie du Christ ressuscité… nous pouvons aller de l’avant, remplis d’espoir.»
Enthousiasme et audace, remplis d’espoir ont toujours caractérisé les Chevaliers de Colomb et cela demeurera le cœur de leur apostolat dans l’avenir.
Coopération dans l’Église: un défi et une occasion
Je voudrais m’arrêter un moment pour méditer sur ce point. Notre témoignage entier et persuasif de la vérité de l’Évangile dépend pesamment sur l’habileté des évêques, prêtres, diacres, religieux et laïcs de travailler ensemble pour répandre le Royaume de Dieu en reconnaissant le rôle spécifique de chaque vocation dans le Corps du Christ. Pour les Chevaliers de Colomb, c’est peut-être plus clair au niveau de la paroisse. Que c’est merveilleux de voir le pasteur, le conseil local des chevaliers et le reste de la paroisse se soutenir mutuellement lorsque chacun joue son rôle pour le service de la communauté locale.
Pendant le temps que vous passez ensemble durant de 125e Congrès suprême, je vous invite à vous encourager et inspirer l’un et l’autre en partageant des expériences et des idées pour faciliter la coopération entre vous, vos évêques, vos pasteurs, les membres du personnel de vos paroisses et les communautés civiles dans lesquelles vous vivez et travaillez. Si votre communauté locale souffre des blessures de division, petites ou grandes, prenez le temps d’approfondir votre cohésion puisque, lorsqu’il en manque dans une paroisse ou une église locale, l’habileté de témoigner du Christ dans la société est affaiblie. En de tels moments, la prière et la foi sont l’essentiel pour apporter la guérison et la réconciliation. Le Pape Benoît écrit: «l’Esprit est … l’énergie qui transforme le cœur de la communauté ecclésiastique de sorte qu’elle témoigne devant le monde de l’amour du Père qui souhaite faire de l’humanité une seule famille en son Fils.»
La vision de l’Église du Pape Benoît XVI en suivant Saint-Paul
Le 28 juin – la veille de la Solennité de Saint-Pierre et Saint-Paul – le Pape Benoît a annoncé l’ouverture d’une année jubilaire commémorant le deuxième millénaire de la naissance de Saint-Paul. Pendant la prochaine année, l’Église réfléchira sur la vie et les écritures de ce grand «Apôtre des gentils»
En fait, les images vivides qu’utilise Saint-Paul pour décrire l’Église – tant au niveau local qu’universel – ont toujours été très chères à Sa Sainteté. Il les emploie souvent dans des discussions informelles avec le clergé et les laïcs.
Par exemple, en réponse à une question qui lui était adressée par le clergé du diocèse de Rome, le saint-Père a récemment dit : «L’Église, bien qu’un corps , est le corps du Christ et par ce fait, un corps spirituel comme l’enseigne Saint-Paul. Cela me semble très important que le peuple puisse voir l’Église pas comme une organisation supernationale, pas comme une entité administrative ou un moyen de pouvoir et dominance, pas comme une agence sociale – même si elle porte une mission sociale et ‘supranationale’ – mais plutôt comme un corps spirituel.»
Le Pape Benoît n’est pas seulement un homme de sagesse théologique profonde, il apporte aussi, au ministère de Saint-Pierre, une expérience pastorale étendue. Il ne se fait pas d’illusions quant aux défis que confrontent les communautés ecclésiastiques locales actuelles.
Un de ces défis est la tendance de mettre trop d’emphase sur les tâches administratives, bureaucratiques et les aspects financiers de la paroisse et du diocèse. Ce n’est pas parce que ce n’est pas important – au contraire. Cependant, nous finissons par voir les réalités du monde avec une vision déformée si nous ne les regardons pas avec les yeux du Christ. Nous pouvons régir les biens de ce monde seulement si nous les soumettons librement au bien de la vie éternelle.
Chaque méthode concrète et stratégie enseignée et promue par l’abbé McGivney sur la place publique était dirigée à la bonté de chaque personne humaine destinée à la vie éternelle. L’héritage de l’abbé McGivney survit aujourd’hui par l’effort continuel des Chevaliers de Colomb de se garder – et les autres – informés sur les problèmes complexes au sujet de la vie humaine, de la justice, de la liberté et du bien commun.
Amitié et Joie : la clé de la compréhension du Pape Benoît
En terminant je veux vous entretenir sur deux thèmes qui reviennent dans l’enseignement du Pape Benoît, thèmes qui sont absolument essentiel à «l’animation» de «vies entières des fidèles laïcs» : amitié et joie. Ce sont, je crois, les clés pour saisir les pensées du Pape Benoît sur ce que signifie traduire la foi en action.
Les mots ‘amitié’ et ‘joie’ résonnent continuellement dans ses sermons, surtout lorsqu’il s’adresse aux jeunes en préparation de la Journée mondiale de la Jeunesse de 2008 qui aura lieu à Sydney. Selon le Pape Benoît, ‘amitié’ et ‘joie’ ont Dieu comme première référence. Le Saint-Père ne se fatigue jamais de nous rappeler que Dieu est près, qu’Il est notre ami et qu’Il nous parle constamment à propos des choses de la vie. Il nous accompagne dans notre voyage de la vie, dans nos joies et nos peines et – comme un bon Pasteur qui prend soin de ses brebis – Il ne nous abandonne jamais.
Lors de la Journée mondiale de la Jeunesse de 2005 à Cologne, Sa Sainteté a dit aux jeunes gens présents : «Une vraie révolution peut avoir lieu seulement en se tournant vers Dieu sans réserve, Il est la seule mesure de ce qui est juste tout en étant l’Amour éternel. Qu’est-ce qui peut nous sauver, sinon l’amour?»
L’amour est la source d’inspiration du Saint-Père dans tout ce qu’il entreprend et particulièrement dans son engagement au dialogue. Il a parlé à d’innombrables laïcs, écoutant attentivement leurs raisonnements pratiques. Il suit vraiment les intentions qu’il s’est données au début de son pontificat : «Mes intentions véritables pour gouverner l’Église ne sont pas d’apporter ou de poursuivre mes propres idées mais de me placer ensemble avec l’Église pour écouter le Monde du Seigneur en distinguant sa volonté et me permettant d’être guidé par Lui parce que Lui seul guidera l’Église dans cette phase de l’histoire.
Le saint-Père enseigne toujours avec clarté et précision et avec un sentiment d’humilité et d’encouragement. Il veut que chacun comprenne la beauté et l’épanouissement d’être Chrétien, que chacun expérimente un événement personnel marquant sa vie, que chacun rencontre l’Unique qui ouvre un nouvel horizon entier et donne à la vie une nouvelle direction marquante. C’est précisément pour cette raison que les commandements ne sont pas trop lourds pour nous si nous suivons le Christ.
«Je veux qu’ils comprennent que c’est magnifique d’être Chrétien! L’idée qui ressort souvent est que les Chrétiens doivent observer un très grand nombre de commandements, d’interdiction, de préceptes et autres restrictions, de sorte que la Chrétienté est une façon de vivre lourde et opprimante et c’est plus facile de vivre sans ce fardeau. Mais j’aimerais clarifier qu’être soutenu par le grand Amour et la révélation de Dieu n’est pas un fardeau, ce sont plutôt des ailes – c’est vraiment magnifique d’être Chrétien. C’est une expérience qui nous donne de l’espace pour respirer et bouger mais plus que tout cela nous place dans une communauté puisque, comme Chrétiens, nous ne sommes jamais seuls: en premier, il y a Dieu qui est toujours avec nous, deuxièmement, nous formons toujours une grande communauté autour de nous, une communauté de gens en voyage ensemble, une communauté avec un projet pour l’avenir. Tout cela nous autorise à vivre une vie valant être vécue. C’est la joie d’être Chrétien, c’est magnifique et on doit le croire!»
En effet, que c’est beau de croire, pour croire il faut dire ‘oui’ au Christ et, dire ‘oui’ au Christ c’est témoigner de la foi en action. Mes chers Chevaliers de Colomb, puissiez-vous demeurer toujours des hommes engagés dans le ‘Oui’ – un ‘Oui’ à vos familles, à votre Église, à vos communautés – mais encore plus important au Christ qui est le ‘Oui’ pour tous nos espoirs et désirs.
Que Dieu vous bénisse!
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