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Les Chevaliers de Colomb: Au Service De Un. Au Service De Tous.
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Adresses et Homélies

Homélie pour le Congrès suprême des Chevaliers de Colomb
Son Éminence le cardinal Jean-Claude Turcotte,
Archevêque de Montréal.
Fête la Transfiguration
Le 6 août 2008

Mes chers amis,

 Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui dans le cadre du Congrès suprême.  Votre thème débute par l’expression « Bâtir une civilisation d’amour ».  Il s’agit d’un désir qui émerge du cœur de l’homme, de vivre dans une société modelée sur l’amour.  Nous vivons à une époque de globalisation où chaque idée et point de vue peut être maintenant facilement répandu et partagé.  Au cœur de toutes ces voix, comment pouvons-nous découvrir un parcours sûr pour le progrès?

 La seconde partie de votre thème vous donne un début de réponse : « avec la charité, l’unité et la fraternité ». Il s’agit là des principales attitudes et méthodes nécessaires à l’atteinte de cet objectif.  Je décèle en ces mots, le “j’en suis capable de l’esprit  pratique des Chevaliers de Colomb. » Par contre, le fait que nous nous réunissions pour  célébrer l’Eucharistie et que nous prenions le temps d'écouter les paroles de l’Évangile, reflète une réalité encore plus profonde : nous sommes des gens de foi et c'est notre foi qui nous encourage à apporter l'espoir et l'amour au monde entier.

 Votre Chevalier suprême, Carl Anderson, a récemment publié un livre sur le sujet de la civilisation d'amour.  Dans ce livre, il rappelle aux lecteurs une importante réalité qui est toujours vraie aujourd'hui : « la grâce ne détruit pas la nature » ou, comme nous le disons en anglais, « grace builds on nature ».  Notre nature humaine nous pousse à désirer une civilisation d’amour, mais dans notre propre faiblesse, nous ne semblons jamais être en mesure de l’atteindre seul.  Ceci ne veut pas dire que des gens n’ont pas essayé, mais en tentant de rendre le monde meilleur pour l'humanité, ils ont souvent oublié les êtres humains qui y vivent. Oui, le raisonnement humain est à la recherche d’une civilisation basée sur l’amour, mais notre raisonnement nous amène à un point où la foi prend la relève. 

 Même si cette réflexion semble un peu abstraite pour certains d'entre nous, je crois que nous voyons cette double réalité dans l'action dans la fête que nous célébrons aujourd’hui.  Aujourd’hui, c’est la fête de la Transfiguration.  Jésus amène avec lui certains de ses amis les plus intimes au sommet d'une montagne et se montre rayonnant de gloire.  Son visage est aussi éblouissant que le soleil.  Mais c'est toujours un visage humain.  Ce qu’il représente comme homme est toujours présent.  Sa nature humaine est toujours intacte.  Sa nature divine est révélée de façon puissante, mais seulement par le rayonnement de son visage humain. C’est le visage que nous voyons aujourd’hui chez nos frères et nos sœurs, et particulièrement, chez les pauvres et les démunis.  Bâtir une civilisation d’amour signifie la recherche du visage de Jésus chez les autres.

Le véritable chrétien sait que Dieu et les hommes ne sont pas en compétition.  Dieu nous appelle à communier avec lui et tout ce qu’il nous reste à faire est de laisser nos péchés en arrière.  Moïse, qui nous a rapporté les dix commandements de Dieu, parle avec Jésus pendant la Transfiguration.  C’est pour nous un signe : notre poursuite d’une civilisation d’amour a des limites qui ne peuvent être franchies.  Nous ne devons jamais faire le mal, même si cela apparaît être pour le plus grand bien.  Ce faisant, vous détruisez la nature humaine plutôt que de laissez Dieu la faire progresser par sa grâce.

Le véritable chrétien sait aussi que bâtir une civilisation d’amour signifie que les fausses normes doivent être remises en question.  Les gens, surtout les moins fortunés, se complaisent souvent dans une injustice confortable.  Élie parle aussi avec Jésus, nous rappelant que nous devons vivre comme des prophètes dans notre monde :

• prophètes dans notre de parler et de travailler,

• prophètes dans notre façon d’aimer nos conjoints,

• prophètes dans notre façon d’élever nos enfants,

• prophètes dans notre façon de dépenser et investir, et aussi dans notre de donner,

• prophètes dans notre façon de voter,

• prophètes dans notre façon de se porter à la défense de la vie et de la dignité humaine.

J'aime beaucoup la scène de cet évangile dans laquelle Pierre offre de dresser trois tentes sur la montagne.  C’est comme lorsque les Juifs étaient dans la nature et qu'ils avaient installé une tente spécialement pour la présence de Dieu.  Dans l’histoire de l’Ancien Testament, la gloire de Dieu descendait sur la tente sous la forme d’un nuage.  Mais, au moment de la Transfiguration, ce même nuage descend sur les disciples eux-mêmes.  L’Église est la véritable tente, le nouveau Temple de Dieu.  Lorsque les disciples entendent la voix de Dieu, ils tombent au sol, terrifiés.  Ils étaient en présence de la gloire de Dieu et c’était trop pour eux.  Ils étaient sous l’emprise d’une ancienne croyance qui voulait que d'être en présence de Dieu signifiait qu’ils allaient probablement mourir.  La vision s’arrête donc brusquement et Jésus les touche. Ils lèvent le regard et Jésus leur dit de ne pas avoir peur.  Ils vécurent après avoir vu son visage.

 À cet instant, la Transfiguration de Jésus s’est terminée, mais celle des disciples ne faisait que commencer.  L’expérience de la Transfiguration était une expérience de grâce puissante, mais elle ne les a pas détruits.  Jésus leur donna alors un commandement étrange : « Ne parlez de la vision à personne ».  Est-ce qu’il pensait vraiment qu’ils n’allaient pas partager cette merveilleuse expérience avec les autres?  Pour s’en assurer, il descendit avec eux, le monde sembla alors sans doute plus ordinaire aux disciples après ce merveilleux événement, n’oublions pas que Jésus n’est pas resté sur la montagne.  Il est descendu de cet endroit de gloire pour demeurer avec ses amis.

Il a du être difficile pour les disciples de garder ce secret, mais ils en tirèrent une leçon importante : bien que les expériences extraordinaires soient bonnes, vivre de façon « ordinaire » avec la présence du Christ est tout aussi important.  Il ne faut pas choisir entre la grâce OU la nature.  Il ne faut pas choisir entre Jésus OU le monde. Oui nous devons apprendre à vivre dans un monde ordinaire, mais en guise d’un commencement et non d’une fin. La présence rassurante de Jésus dans nos cœurs, particulièrement au moment de l’Eucharistie, est rarement accompagnée de visions et de nuages parlants.  Mais il s’agit du même Jésus.  Nos vies, même dans la pratique de notre foi, peuvent sembler mondaines à certains moments.  Nous aurons peut-être même à vivre des moments personnels ou collectifs ténébreux.  Mais ceci ne veut pas dire que Jésus n’est pas là.  Il y est.

 Que la gloire de Dieu vienne se poser sur ce Congrès suprême d'une façon puissante comme elle l’a fait à Pierre, Jacques et Jean.  Ma première prière est pour que ce Congrès suprême soit un moment de transfiguration pour vous tous.  Il y a des moments où l'on doit effectuer ce voyage au sommet de la montagne pour s’évader de tout afin de se concentrer sur Dieu.  Mais ce congrès ne peut pas représenter une fin : il doit être un nouveau départ.  J’espère que ce congrès sera pour vous tous aussi merveilleux que je le souhaite, aussi merveilleux pour vous tous. Mas deuxième prière est pour votre retour à la maison.  Oui, vous devrez éventuellement descendre de la montagne et retourner à un monde « ordinaire » et peut-être à une vie « ordinaire ».  Elle paraîtra peut-être encore plus ordinaire après ce merveilleux congrès.  Comme pour Pierre, Jacques et Jean, une fois la transfiguration commencée elle devient un processus qui se renouvelle à tous les jours. 

Mes amis, plusieurs personnes ont peur de la foi et s’opposent même à l'idée de Dieu.  C’est parce qu’ils pensent qu’ils doivent renoncer aux petits bonheurs de cette vie.  C’est parce qu’ils ne connaissent pas notre secret : que le visage de Dieu se reflète dans le visage de nos voisins.  C’est le secret qui rend possible la construction d’une civilisation d’amour.  Une civilisation d’amour ne signifie pas de se débarrasser de la vie ordinaire, mais de vivre de façon extraordinaire.  D’une façon transfigurée.  Et d’une façon qui invite les autres à voir le visage de Jésus et à se transformer eux aussi.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Points Importants
Eucharistie d’ouverture
Invocation
Remarques sur le banquet des états
Archevêque de Montréal
Allocution du banquet des états
Homélie en commémoraison des fidèles défunts