Famille et solidarité

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1/26/2009
« Famille et solidarité » traite des thèmes d’autonomie contre communauté.

Famille et solidarité
Carl A. Anderson
Chevalier suprême
des Chevaliers de Colomb

Rencontre mondiale des familles
Conseil pontifical pour la famille
Mexico, Mexique
16 janvier 2009

I. INTRODUCTION
De nos jours, parler de famille chrétienne et de solidarité peut sembler évident. Déjà, nous avons parlé de famille et justice, de famille et questions sociales, de famille et vérité et de famille et liberté – l’ensemble famille et solidarité, nous semble-t-il, se présente comme une progression naturelle. Toutefois, parler de famille chrétienne et de solidarité d’un même trait, à une époque antérieure, aurait semblé radical et même contradictoire. Comme l’a déjà fait remarquer le cardinal Joseph Ratzinger, tandis que certaines expressions comme, Eucharistie et Communion, sont parfaitement chrétiennes, le terme solidarité « nous provient de l’extérieur… ayant d’abord été développé chez les socialistes de première ligne par Pierre Leroux… pour contrer le concept de l’amour chrétien, et comme réponse nouvelle, rationnelle et effective à des problèmes sociaux… »

Leroux avait abandonné la religion de la chrétienté et pour compenser, il avait développé le concept d’une « religion de l’humanité ». Même s’ils sont nombreux à ne pas suivre consciemment le concept de Leroux quant à « la religion de l’humanité », néanmoins solidarité et unité de la race humaine est souvent séparée de Dieu et du « concept chrétien de l’amour ». Il importe donc de comprendre comme Jean-Paul II a épuré le concept de solidarité et l’a poursuivi bien au-delà du concept de solidarité socialiste, de sorte qu’il en arriva à dire que la solidarité « sans aucun doute une vertu chrétienne », qui « trouve ses racines les plus profondes dans la foi chrétienne » et « s’exprime dans l’amour chrétien ».

Plusieurs saints canonisés par Jean-Paul II ont illustré cette vertu chrétienne de solidarité. Mais peut ont inspiré Karol Woytyla, comme prêtre et notamment comme pape, au chapitre de son intelligence de la fraternité chrétienne comme Adam Chmielowski de Cracovie, celui que le monde connaît aujourd’hui sous le nom de saint frère Albert. Non seulement le pape a prononcé plus de quarante homélies sur frère Albert, mais même auparavant, durant ses années comme séminariste clandestin et ouvrier dans l’usine chimique de Solvay, il a composé une pièce de théâtre sur le dévouement pour les pauvres de ce saint artiste.

Par son titre même, Notre frère de Dieu, la pièce donne déjà lieu à la question de la famille et de l’humanité. À un moment de la pièce, Adam est interrogé par son ami, Max, concernant son souci pour les pauvres. Les œuvres de charité d’Adam, d’après Max, ne concordent pas avec la vocation artistique d’Adam. L’ami est déconcerté du fait qu’Adam ne peut s’empêcher d’ignorer les pauvres pour poursuivre son œuvre véritable d’artiste-peintre. Max dit:

« Bien sûr, il s’agit d’une façon de fuir ses responsabilités…

Comment puis-je me rendre responsable d’un citoyen qui a gâché sa vie et qui désormais touche le fond du baril? »

Mais Adam le contredit. Son œuvre auprès de pauvre n’est pas fuir la réalité et sa vocation, mais bien plutôt une course pour l’atteindre. Il dit:

« Toi Max, tu penses toujours que le degré de pauvreté humaine correspond au degré de punition… Mais il ne s’agit pas de fuir ses responsabilités.

C’est plutôt fuir quelque chose, ou plutôt quelqu’un, en soi et dans tous ces gens.

De nous jours, la solidarité se heurte aux mêmes problèmes. Elle peut paraître peu séduisante si elle est perçue comme une récompense décernée pour le comportement plutôt qu’une réponse à une personne, qu’une unité obligatoire entre des personnes. Mais la réponse se trouve dans la perception de la vérité concernant la personne – ce « quelqu’un en soi et dans tous ces gens » -- qui nous lie entre nous d’une façon beaucoup plus serrée que toute idéologie politique ou économique.

II. La Communion des personnes
C’est pour cela que, plus de quarante ans après avoir écrit Notre frère de Dieu, Jean-Paul II décrit la « solidarité » dans sont encyclique Sollicitudo Rei Socialis en fonction de l’unité. Il écrit: « Au-delà des liens humains et naturels, déjà si serrés et si forts, on discerne à la lumière de la foi un nouveau modèle d’unité de la race humaine, qui en fin de compte doit inspirer notre solidarité. Image de la vie intime de Dieu, un Dieu en trois Personnes, poursuit-il Jean-Paul II, cette unité constitue ce que nous chrétiens signifions par “communion” ».

Pour Jean-Paul II, la Trinité se présente comme « le modèle suprême d’unité » de la race humaine.

Surtout dans ce contexte et réunis si près de la magnifique basilique de Notre-Dame-de-Guadalupe, nous rappelons la visite de Jean-Paul II à Mexico, en vue de nous livrer l’exhortation apostolique d’après synode Ecclesia in America. Ce grand document, qui célèbre son dixième anniversaire la semaine prochaine, a comme sous-titre: « Rencontre avec le Christ vivant, chemin de conversion, de communion et de solidarité en Amérique. » Il y écrit que « la solidarité est un fruit de la communion qui est fondée sur le mystère de Dieu un et trine, et sur le Fils de Dieu incarné et mort pour tous. Elle s'exprime dans l'amour du chrétien qui cherche le bien des autres, spécialement des plus nécessiteux ».

Les premières audiences générales sur la Genèse de Jean-Paul II (qui seront connues plus tard sous le nom de Catéchèses du mercredi sur la théologie du corps) ont fait une percée importante sur la compréhension de l’être humain en tant que créé pour la communion et ce, justement parce qu’il est créé à l’image du Dieu Trinitaire. D’après le pape, « l’homme est devenu image et ressemblance de Dieu non seulement par sa propre humanité, mais aussi par la communion des personnes, que l’homme et la femme — communion forment dès le début. »

Autrement dit, être créé à l’image de Dieu n’est pas seulement être ainsi façonné, mais aussi c’est fonctionner en tant qu’image de Dieu -- c'est-à-dire être structuré ontologiquement en vue d’une vie de communion amoureuse avec d’autres. C’est ainsi que se présente le fondement de la civilisation de l’amour; de plus, l’anthropologie chrétienne fournit une telle intelligence de l’être humain que l’appel à bâtir une civilisation d’amour ne devient pas seulement possible, mais également la réalisation la plus incontournable de notre humanité.

III. Benoît XVI et Jean-Paul II sur l’interdépendance
Néanmoins, certains peuvent percevoir dans une telle vision de la personne un point de vue trop théologique ou religieux ou trop idéaliste et éloigné de la vie quotidienne et donc non pertinent. Et comme l’a noté Marcello Pera, « les gens de nos jours ne croient plus aux fondements “ultimes” ». Par conséquent, nous nous retrouvons à nous fier de plus en plus aux différents aspects de cette communion pour communiquer le message. Et l’interdépendance amoureuse se trouve parmi les aspects tangibles de la communion qui sont le plus en jeu. Dans Sollicituro Rei Socialis, Jean-Paul II déclare: qu’il existe « la nécessité d'une solidarité qui l'assume et la traduise sur le plan moral ».

Dans Mulieris Dignitatem, Jean-Paul II percevait cette nécessité dans la quête solitaire d’Adam non seulement d’une compagne mais d’une aide: « Dans “l’unité des deux”, l'homme et la femme sont appelés depuis le commencement non seulement à exister “l'un à côté de l'autre” ou bien “ensemble”, mais aussi à exister réciproquement “l'un pour l'autre”. »

Benoît XVI poursuit cette réflexion encore davantage. Dans la relation d’Adam et Ève, être avec l’autre peut s’entendre le plus totalement dans le où chacun « tient son être de l’autre ».

Ce concept constitue un autre aspect de l’imago Dei que nous découvrons dans la personne. En plus de la compréhension que saint Augustin soutient d’une trinité « intérieure » intellect, volonté et esprit au sein de l’être humain, et ajoutant à la trinité « sociale » entre les êtres humains, de Jean-Paul II, le cardinal Ratzingter présente l’imago Dei comme une trinité de « l’être ». Il écrit:: « Le Dieu véritable est, par sa nature même, entièrement être-pour (Père), être-de (Fils) et être-avec (Esprit Saint). L’être humain pour sa part, est image de Dieu précisément pourvu que le modèle anthropologique est constitué du “de”, “avec” et “pour” ».

Autrement dit, être « de », être « avec » être « pour » d’autres personnes se trouve la structure fondamentale de l’existence humaine. Lorsque nous reconnaissons cette réalité fondamentale et que nous agissons en conséquence dans la solidarité et la communion avec les autres nous reflétons réellement la solidarité et la communion qui existent au sein de la Trinité entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

On ne peut comprendre l’amour et l’interdépendance humains sur le plan horizontal. Lorsqu’on les situe sur ce plan, ils sont alors réduits à la dépendance mutuelle, voire à la manipulation mutuelle. Plus exactement, l’amour et l’interdépendance humains sont éclairés par notre interdépendance verticale commune, dépendance entre les personnes d’abord dans une relation avec les êtres qui nous ont donné la vie. Sur ce plan, je crois que la clarification offerte par Benoît XVI nous permet de faire un important cheminement dans le sens de l’intelligence et de la défense de la solidarité, tant au sein de la famille, qu’au-delà de la famille.

Dans ses catéchèses présentées au cours d’audiences générales sur la théologie du corps, Jean-Paul II explore les fondements bibliques, en faisant remarquer que le fait que le dessein de Dieu sur l’être humain est énoncé avant même que ce dernier soit créé. Comme le dit la Genèse: « Alors Dieu dit: “faisons l’homme à notre image et ressemblance”. » L’intention divine fait en sorte que l’être humain est séparé du reste de la création, ce qui établit une relation intime entre Dieu et l’être humain. Comme le note Jean-Paul II, c’est « comme si “le Créateur entrait en lui-même; comme si, en créant, il a non seulement appelé les choses à l’existence à partir de rien… mais que, d’une façon privilégiée, il tira l’homme directement du mystère de son Être propre” . C’est pourquoi, on de doit pas considérer l’être humain comme un portrait, mais un être vivant qui vivra une vie semblable à celle de Dieu. »

Dans sa solitude, Adam commence à se rendre compte comment vivre une vie semblable à celle de Dieu, une vie qui exige une communion de personnes. Mais ce qui plus est, lorsqu’éprouvé par la solitude, Adam se compare non pas aux animaux avec qui il partage le monde. Il jette plutôt son regard sur le Créateur, et se compare à Dieu. Dans cette contemplation il découvre que « l’homme ressemble davantage à Dieu qu’à la nature ». L’importance des origines se reflète dans les paroles d’Adam au cours du deuxième récit de la création, alors que, reconnaissant Ève, il s’écrie: « À ce coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci! »

Dans la famille, la personne est, depuis son origine, révélée comme interdépendante. Le cardinal Ratzinger a présenté ce concept en traitant de la grossesse et de l’avortement. Dans le sein de la mère, la vie de l’enfant dépend d’être avec la mère. Mais comme Adam, la seule présence ne suffit pas, et durant la grossesse, la présence de l’enfant avec la mère exige la bonté de la mère.

« Cet être-avec oblige l’être de l’autre… afin de devenir un être-pour. » Ce qui entraîne que « l’enfant dans le sein de la mère n’est tout simplement que la représentation de l’essence de l’existence humaine en général. » Dans cette image de la mère et son enfant se reflète le modèle fondamental de l’existence et de la solidarité humaines, d’où Mère Theresa peut déclarer que le plus grand violateur de la paix, c’est l’avortement.

Cette réalité fondamentale « d’être-pour » l’autre s’applique autant aux personnes physiquement formées qu’à l’enfant. Mais également, l’importance de la continuité de l’amour se manifeste en d’autres aspects de la vie. L’aspect génétique permet de constater à quel point chaque enfant ressemble à son père et à sa mère. L’aspect personnel est remarquable en ce que chaque père et chaque mère, dès après la naissance de l’enfant, tentent de discerner de telles ressemblances. On le reconnaît également lorsque des enfants nés du produit de donneurs anonymes tentent de retrouver leurs pères anonymes. La confusion issue de ces procédés fut exprimée symboliquement, lorsque la mère du premier bébé né en Chine d’une fertilisation in vitro a donné non seulement son propre nom à sa fille, mais également le nom du médecin chargé du procédé.

IV. Sans racines
La vérité, la voici: bien qu’une personne puisse être isolée d’autres gens sur le plan social et géographique, personne ne peut survivre sans se confier à des individus et une communauté. C’est pourquoi l’autonomie radicale ne peut exister ni ne peut devenir un idéal auquel on aspire. « Chaque fois qu’on tente de se défaire de ce modèle, on ne s’achemine pas vers la divinité, mais vers la déshumanisation et par la suppression de la vérité, vers la suppression de l’être même.

Lorsque Marcello Pera se plaignait que « les gens ne croyaient plus aux fondements “ultimes” », c’était dans le contexte de la plainte concernant l’abandon par l’Europe de sa tradition historique et morale chrétienne. Pourtant un tel abandon de fondements fait partie d’un abandon plus fondamental observé sur le plan de la personne, notamment au sein de la famille. En passant par le divorce, l’abandon et certains recours à des technologies de fertilité, le fait d’être parent n’entraîne pas présence de celui-ci. C'est-à-dire que pour de nombreux enfants être issu de quelqu’un qui est leur parent ne signifie plus être avec un parent et partant, ne signifie plus que cet enfant ait un être pour lui qu’on appelle un parent.

De même, le fait d’être parent n’est pas lié au fait d’être marié, tout comme être avec un époux n’est pas lié à l’ouverture à un enfant qui est issu du couple. Il en résulte ce que Carle Zimmerman appelle « la famille atomiste ».

Il y a neuf mois, un fils publiait son journal à compter des semaines qui ont mené à la mort que sa mère s’était choisie de se donner par suicide assisté. Comme le médecin doutait que sa douleur soit « insupportable » — troisième et dernier critère de l’euthanasie — la conversation entre mère et fils a vite pris l’allure d’un éclatement pénible d’amour et de vie. Reprenant le dialogue, le fils écrit:

Maman dépose son café. « Mais, de toutes façons, je dois mourir, pas vrai? » Puis elle nous demande notre avis.

J’interromps « C’est à toi de décider. Personne d’entre nous n’a à se prononcer. »

Mais Maman s’efforce péniblement pour dire qu’elle veut mourir. En fin de compte je dis: « Je crois que ce qu’elle trouve d’insupportable ce n’est pas tellement sa douleur et sa maladie, que la crainte que sa condition s’aggrave et qu’elle perde la maîtrise d’elle-même. »

Martin [le médecin], convaincu que Maman veut en finir, consent à communiquer avec l’autre médecin. Il quitte la pièce en nous faisant à tous un profond signe de tête empathique. »

Cette attitude n’a rien à voir avec l’empathie ou l’interdépendance qui constituent le fondement de la civilisation de l’amour. La sympathie ou la compassion authentiques – au sens le plus vrai de ces termes – implique de souffrir avec. De plus, cette décision arrêtée, ce silence, cette évaluation de la vie ne constituent le fondement d’aucune civilisation.

La décision de la mère qui se meurt s’est appuyée en fin de compte sur la valeur de l’autonomie individuelle et la crainte de « perdre la maîtrise d’elle-même ». Cependant, bien que l’autonomie soit une valeur importante, elle n’est pas la plus importante. Plus importante encore que l’autonomie se trouve la communauté – surtout cette communauté que constitue une communion de personnes.

Et le fondement de la communauté est constitué d’appréciation, de gratitude et de respect pour le don et la dignité de la vie humaine.

Peut-être que les paroles que cette mère désirait entendre, qu’elle avait besoin d’entendre, différait totalement de: « C’est à toi de décider. Personne d’entre nous n’a à se prononcer ». Peut-être que les paroles qu’elle désirait entendre de la part des ses enfants c’était: « Nous t’aimons. Nous avons besoin de toi. Reste avec nous. » Où la famille valorise comme bonne une vie qui existe, il peut exister une société et une civilisation qui valorisent comme bonne une vie qui existe. Toutefois, cette valorisation ne peut se produire que si, de leur côté, les familles ne sont pas refermées sur elles-mêmes. C'est pourquoi l’autonomie des individus et des familles ne peut être considérée ni comme valeur unique ni comme valeur principale.

Le rôle de la solidarité dans la famille et par la famille s’avère plus que simplement celui d’une autre « vertu sociale » au même titre que « la foi, la liberté, la justice, la subsidiarité et… la charité. » Si l’avenir de la solidarité doit se construire grâce à la communion des personnes, le premier champion de cette communion sera d’abord et avant tout la famille – non seulement en tant qu’éducatrice des vertus sociales, mais comme modèle premier de la communion trinitaire des personnes.

Car la famille se trouve non seulement comme mettant en pratique la solidarité, mais comme son modèle vivant et son centre vital. C’est pourquoi Jean-Paul II disait: « Nous ne pouvons pas parler de solidarité dans la communauté moderne sans mentionner la vie familiale ». Sans solidarité au sein de la famille, il ne peut y avoir de solidarité au-delà de la famille. Si on n’arrive pas à comprendre et à protéger la famille, on n’arrivera pas à comprendre la famille humaine qu’est la société, ni la famille chrétienne qu’est l’Église, ni famille de familles qu’est la paroisse.

V. Mise au défi par l’enfance
Pour son premier voyage apostolique, Jean-Paul II est venu à la basilique de Notre Dame de Guadalupe et nous appela à une nouvelle évangélisation s’ouvrant sur la prédication de la vérité concernant la personne. Lors de son premier voyage apostolique au sanctuaire marial d’Aparecida, Benoît XVI nous a appelés non seulement à bâtir un Continent d’espérance partout dans notre hémisphère mais également de bâtir un Continent d’amour. Et maintenant, nous sommes en attente de la prochaine encyclique du Saint-Père, intitulée Caritas in Veritate (L’Amour dans la vérité), traitant de questions sociales et de mondialisation.

En nous préparant, nous devrions mettre du temps à examiner non seulement l’état de nos pays et de nos continents, mais également l’état de nos familles. Dans son discours de réception du Prix Nobel de la paix, Mère Theresa a eu recours à cette expression devenue célèbre: « L’amour commence au foyer ». Quel fondement la solidarité trouve-t-elle, si elle n’est pas présente au sein de la famille, où sont présents les enfants dont l’existence même dépend de la bonté d’autres personnes.

Par exemple, un sondage international réalisé par l’Institut de sondage Gallup demandait aux gens si les enfants de leur pays sont traités avec respect et dignité. En Amérique Latine en général, 60 pour cent des répondants ont dit non. En Haïti, près de 90 pour cent ont noté que les enfants ne sont pas traités avec respect et dignité. Comment ces enfants sont-ils donc traités pour qu’on puisse remarquer un tel mépris pour leur respect et leur dignité? Pourquoi ne sont-ils pas traités avec respect et dignité? Et surtout, un tel traitement se modifie-t-il? À quel âge les enfants seront-ils traités avec respect, si jamais ils le seront? Et lorsque ces enfants auront grandi, sauront-ils alors traiter les autres avec respect et dignité?

Pourtant, si près de la colline de Tepeyac, il faut nous poser une question fondamentale nécessaire de nos jours. Comment justifier ce traitement des enfants sur un continent où tant de personnes connaissent par cœur les paroles de la bienheureuse Marie de Guadalupe: « Ne suis-je pas ici moi qui suis ta mère? N'es-tu pas sous mon ombre et mon regard? Ne suis-je pas la source de ta joie? Ne demeures-tu pas à l'abri sous mon manteau entre mes bras? »

Et ses paroles ne s’adressaient-elles pas à un laïque préoccupé par la santé et le bien-être de sa famille?

Dans Ecclesia in America, Jean-Paul II s’exprime ainsi dans le cinquième chapitre intitulé, Le Sentier de la solidarité: « La dignité de l’être humain en tant qu’enfant de Dieu se trouve la source des droits humains. » Toutefois, lorsque nous lisons ce passage nous devons nous demander: « Comment allons-nous reconnaître la dignité de notre prochain comme “enfant de Dieu”, si nous n’avons aucun égard pour les enfants qui nous entourent? »

Jean-Paul II a remarqué que rien ne peut remplacer le cœur d’une mère toujours présente et en attente dans son foyer.

Mais il a aussi raison lorsqu’il écrit que: « Une famille repose sur un père. S’il y a un père, c’est une famille. Le père est celui qui relie les membres de la famille dans cette unité dont le nom est famille. » La famille doit être communauté au sein de laquelle et la mère et le père acceptent de vivre leur responsabilité particulière. Et elle doit être une communauté en solidarité avec les personnes dont la famille communauté est brisée ou blessée.

C’est ainsi que la famille chrétienne pourra suivre le sentier de la véritable solidarité et faire sienne les mots de Ecclesia in America: « la solidarité est fondée sur le mystère de Dieu un et trine, et sur le Fils de Dieu incarné et mort pour tous. Elle s'exprime dans l'amour du chrétien qui cherche le bien des autres, spécialement des plus nécessiteux ».

Merci.