Les catholiques au sein du gouvernement

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11/1/2006
Des hommes d’État de la trempe de saint Thomas More ainsi que des électeurs pour les appuyer, voilà ce qu’il nous faut.

par Chevalier Suprême Carl A. Anderson

L’histoire a reconnu en saint Thomas More l’un des grands défenseurs des droits de la conscience. Du fait de son engagement à l’égard de l’inviolabilité de la conscience, saint Thomas More est également considéré à bon droit comme le modèle dont devraient s’inspirer les politiciens catholiques, surtout quand le saint homme dit : « Lorsque les hommes d’État abandonnent leur conscience personnelle au nom de leurs obligations publiques, ils précipitent leur pays vers le chaos. »

Quelle différence entre cette perception de la responsabilité qu’ont les catholiques au sein d’un gouvernement, et celle que préconisent nos élus d’aujourd’hui qui, sur des sujets tels que l’avortement, se disent « personnellement opposés » tout en trahissant leur conscience à des fins électorales.

En tant que l’un des juristes les plus respectés de son époque, Thomas More établissait par ailleurs clairement la distinction entre les questions de croyance, pour lesquelles les droits de la conscience sont inviolables, et les questions de justice, que tous ont l’obligation de respecter.

Lors de son exécution, Thomas More a résumé ainsi sa philosophie de la chose publique : « Je meurs fidèle à Dieu et au roi, mais à Dieu d’abord .»

Ces dernières années, nous avons entendu des politiciens catholiques citer saint Thomas More mais agir ensuite tout à fait différemment de lui. Au lieu de se porter politiquement à la défense de l’Église sur des questions telles que l’avortement et le mariage, ils répudient publiquement les enseignements de leur évêque local — souvent sous les applaudissements de plusieurs électeurs. L’évêque, toutefois, ne faisait pas qu’exprimer son opinion personnelle, mais plutôt la doctrine universelle de l’Église.

Bien entendu, le processus démocratique courrait à sa perte si les leaders religieux dictaient, sans exception, toutes les décisions d’ordre public. Mais comme le pape Jean-Paul II nous l’a souvent rappelé, ce processus démocratique ne peut également survivre s’il tourne le dos aux questions fondamentales touchant la justice et le bien commun — et à cet égard, les leaders religieux ont non seulement le droit mais aussi l’obligation de s’exprimer.

Les catholiques, et particulièrement les catholiques en poste au gouvernement, ont le devoir de former leur conscience en conséquence.

Voilà quelques années, les Chevaliers de Colomb ont coopéré avec l’organisme National Endowment for the Humanities afin d’aider l’université de Yale à préparer l’édition définitive des œuvres de Thomas More.

Je me rappelle souvent, à ce propos, une observation alors faite par le professeur Clarence Miller, l’un des éditeurs ayant supervisé la prestigieuse publication.

Celui-ci a dit ce que les chercheurs ont déterminé comme les fondements du martyre de saint Thomas More. À savoir, « l’intégrité du moi tel qu’en témoigne un serment, la liberté irréductible de la conscience individuelle au sein d’un État autoritaire, et la suprématie papale en tant que signe de l’unité supra-nationale du christianisme occidental, passé et présent. »

Puis, le professeur Miller a ajouté : « Tout ce qui précède est vérifiable. Mais en dernière analyse, Thomas More ne sera mort pour aucun principe, idée, tradition ou même doctrine; il sera mort pour une personne, le Christ. »

Comme le dit lui-même saint Thomas More dans Un homme pour toutes les saisons, « Au bout du compte... ultimement... ce n’est plus une affaire de raison; ultimement, c’est plutôt une affaire d’amour. »

Nos papes ont invité les catholiques à édifier la nouvelle civilisation de l’amour. Peut-être n’y arriverons-nous qu’avec l’appui de politiciens de la trempe de saint Thomas More, ainsi qu’avec l’aide de ceux parmi nous qui vont les élire à leurs postes.

Vivat Jesus!