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Dans son chef-duvre spirituel, Journal dun curé de campagne, lécrivain français Georges Bernanos fait dire ceci par le jeune prêtre qui est au centre de son roman, au sujet de sa nouvelle paroisse: «Ma paroisse ! Un mot quon ne peut prononcer sans émotion que dis-je ! sans un élan damour [...] Je sais quelle existe réellement, que nous sommes lun à lautre pour léternité, car elle est une cellule vivante de lÉglise impérissable et non pas une fiction administrative. Mais je voudrais que le bon Dieu mouvrît les yeux et les oreilles, me permît de voir son visage, dentendre sa voix.»
Il est clair, quand on lit Bernanos, que la dévotion nourrie par le jeune curé envers sa paroisse découle du caractère sacramentel de son ministère sacerdotal auprès dun village français. Car rien de spécial ne distingue vraiment sa paroisse. Il écrit dailleurs: «Ma paroisse est une paroisse comme les autres.» Il nempêche que ses journées sont occupées à sacquitter de son ministère : préparer les enfants à recevoir la première communion, célébrer la messe et offrir aux âmes et aux familles la réconciliation avec lespérance. Le prêtre, on le voit, se dévoue totalement à sa paroisse.
Nous pourrions donc dire quil en vient à voir le «visage» de sa paroisse à travers sa vie sacramentelle.
De relire ainsi le roman de Georges Bernanos ma permis de faire un parallèle avec la toute récente biographie de labbé Michael McGivney, Prêtre de paroisse. Lui aussi sest dévoué résolument et entièrement à sa paroisse et à sa vie sacramentelle. Et à linstar du curé dans le roman de Bernanos, il est décédé précocement lui aussi dune maladie incurable.
Le curé français rêvait de fonder une association sportive afin de tendre la main aux jeunes de sa paroisse. Mais pour cela, il devait dabord solliciter un don de la part dun riche propriétaire foncier qui régnait littéralement sur le village. Après avoir réfléchi un certain temps à la requête du prêtre, le propriétaire répondit que la proposition était intéressante, mais trop ambitieuse; il valait mieux attendre avant dy donner suite. Le jeune prêtre mourut avant que son rêve ne devienne réalité.
Encore une fois, lanalogie avec labbé McGivney, préoccupé par la jeunesse lui aussi, saute aux yeux. Mais au contraire du curé de campagne de Bernanos, limité par les structures sociales et les privilèges de classe propres au Vieux Continent, labbé McGivney a pu mettre sur pied une nouvelle association fructueuse en notre Nouveau Monde. Il savait que dans la nouvelle société alors en construction, lÉglise catholique ne pouvait compter sur la générosité des élites sociales, économiques et culturelles.
Labbé McGivney a donné à lÉglise, en cette nouvelle société démocratique qui émergeait à lépoque en Amérique du Nord, un nouveau modèle de leadership pour les laïcs catholiques. Son action allait par la suite profiter de multiples façons à des milliers de communautés paroissiales.
Labbé savait que dans une société démocratique, les hommes de chaque paroisse devaient se lever et se tenir aux côtés de leurs prêtres, si on voulait que les «bonnes nouvelles» de lÉvangile se propagent jusque dans la vie des familles et celle de leur voisinage.
La vision de labbé McGivney est toujours aussi pertinente aujourdhui. Pertinents, également, demeurent tous ces hommes qui la partagent.
Vivat Jesus!
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