Un prêtre pour tous

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3/1/2006
L’abbé Michael J. McGivney a donné à l’Église un nouveau modèle de leadership pour les laïcs catholiques.

par Chevalier Suprême Carl A. Anderson

Dans son chef-d’œuvre spirituel, Journal d’un curé de campagne, l’écrivain français Georges Bernanos fait dire ceci par le jeune prêtre qui est au centre de son roman, au sujet de sa nouvelle paroisse: «Ma paroisse ! Un mot qu’on ne peut prononcer sans émotion — que dis-je ! sans un élan d’amour [...] Je sais qu’elle existe réellement, que nous sommes l’un à l’autre pour l’éternité, car elle est une cellule vivante de l’Église impérissable et non pas une fiction administrative. Mais je voudrais que le bon Dieu m’ouvrît les yeux et les oreilles, me permît de voir son visage, d’entendre sa voix.»

Il est clair, quand on lit Bernanos, que la dévotion nourrie par le jeune curé envers sa paroisse découle du caractère sacramentel de son ministère sacerdotal auprès d’un village français. Car rien de spécial ne distingue vraiment sa paroisse. Il écrit d’ailleurs: «Ma paroisse est une paroisse comme les autres.» Il n’empêche que ses journées sont occupées à s’acquitter de son ministère : préparer les enfants à recevoir la première communion, célébrer la messe et offrir aux âmes et aux familles la réconciliation avec l’espérance. Le prêtre, on le voit, se dévoue totalement à sa paroisse.

Nous pourrions donc dire qu’il en vient à voir le «visage» de sa paroisse à travers sa vie sacramentelle.

De relire ainsi le roman de Georges Bernanos m’a permis de faire un parallèle avec la toute récente biographie de l’abbé Michael McGivney, Prêtre de paroisse. Lui aussi s’est dévoué résolument et entièrement à sa paroisse et à sa vie sacramentelle. Et à l’instar du curé dans le roman de Bernanos, il est décédé précocement lui aussi d’une maladie incurable.

Le curé français rêvait de fonder une association sportive afin de tendre la main aux jeunes de sa paroisse. Mais pour cela, il devait d’abord solliciter un don de la part d’un riche propriétaire foncier qui régnait littéralement sur le village. Après avoir réfléchi un certain temps à la requête du prêtre, le propriétaire répondit que la proposition était intéressante, mais trop ambitieuse; il valait mieux attendre avant d’y donner suite. Le jeune prêtre mourut avant que son rêve ne devienne réalité.

Encore une fois, l’analogie avec l’abbé McGivney, préoccupé par la jeunesse lui aussi, saute aux yeux. Mais au contraire du curé de campagne de Bernanos, limité par les structures sociales et les privilèges de classe propres au Vieux Continent, l’abbé McGivney a pu mettre sur pied une nouvelle association fructueuse en notre Nouveau Monde. Il savait que dans la nouvelle société alors en construction, l’Église catholique ne pouvait compter sur la générosité des élites sociales, économiques et culturelles.

L’abbé McGivney a donné à l’Église, en cette nouvelle société démocratique qui émergeait à l’époque en Amérique du Nord, un nouveau modèle de leadership pour les laïcs catholiques. Son action allait par la suite profiter de multiples façons à des milliers de communautés paroissiales.

L’abbé savait que dans une société démocratique, les hommes de chaque paroisse devaient se lever et se tenir aux côtés de leurs prêtres, si on voulait que les «bonnes nouvelles» de l’Évangile se propagent jusque dans la vie des familles et celle de leur voisinage.

La vision de l’abbé McGivney est toujours aussi pertinente aujourd’hui. Pertinents, également, demeurent tous ces hommes qui la partagent.

Vivat Jesus!