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Au cours d’ une conférence à l’université Harvard voilà près de 50 ans, l’historien anglais Christopher Dawson avait souligné : « La nature humaine conserve toujours son caractère spirituel [...] Si elle devait perdre ce dernier, elle se perdrait elle-même et s’asservirait à des puissances inférieures.
Si bien qu’une civilization laïque [...] mène inévitablement au nihilisme et à l’autodestruction. » Il poursuivait en ajoutant : « Si nous considérons le monde actuel en faisant abstraction du passé et du futur, les forces séculières semblent avoir triomphé. Mais il ne s’agit là que d’une perception fugitive, que d’un moment dans la vie de l’humanité. Cela ne garantit en rien la stabilité et la permanence de cet état de fait » (repris de son ouvrage sur les origines du christianisme paru en 1967, page 37).
Ces idées datent de l’époque où la Guerre froide était à son comble et où les forces de l’athéisme militant semblaient bien, à plusieurs égards, avoir remporté la main. Il est intéressant de se les remémorer aujourd’hui, alors que nous entrons apparemment dans une nouvelle ère de laïcisation.
Dans un article intitulé « La fin du christianisme aux États-Unis » et paru dans son édition du 13 avril dernier, le magazine Newsweek a fait grand état d’un récent sondage indiquant que le pourcentage de chrétiens qui se percevaient comme tels avait baissé de 10 points, au cours des deux dernières décennies. Également à retenir, selon Newsweek, le fait que « moins de gens perçoivent aujourd’hui les États-Unis comme une ‘nation chrétienne’, par rapport à ce qui s’observait durant la présidence de George W. Bush (62 pour cent en 2009, alors que c’était 69 pour cent en 2008). »
L’article de Newsweek met surtout l’accent sur les préoccupations des chrétiens évangéliques, lesquels « ont longtemps estimé que les États-Unis devraient être un pays où la vie politique est basée sur leur interprétation des principes bibliques et théologiques, ainsi que gouvernée par ceux-ci. » Et le magazine cite dans la foulée des penseurs faisant désormais référence à une Amérique post-chrétienne.
Ce serait peu dire que d’affirmer que les catholiques ne se sont jamais vraiment sentis à l’aise, historiquement, avec l’idée d’une Amérique chrétienne évangélique. Mais si l’historien Dawson a raison et si la laïcisation ne peut fournir une base stable à la société, et si la société américaine semble également rejeter le protestantisme en tant que fondement, que reste-t-il à faire ? La laïcisation et le christianisme évangélique sont-ils les seuls choix qui s’offrent désormais ? Les catholiques peuvent-ils contribuer de manière spéciale et unique au bien commun ?
À mes yeux, les mots du pape Jean- Paul II qu’on retrouve dans sa formidable encyclique sur la vie, Evangelium Vitae, demeurent tout aussi pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient en 1995, quand ils ont été écrits : « À tous les membres de l’Église, peuple de la vie et pour la vie, j’adresse le plus pressant des appels afin qu’ensemble nous puissions donner à notre monde de nouveaux signes d’espérance, en agissant pour que grandissent la justice et la solidarité, et que s’affirme une nouvelle culture de la vie humaine, pour l’édification d’une authentique civilisation de la vérité et de l’amour. » Les catholiques sont appelés à travailler sans relâche à la consolidation de la société, à fournir de nouvelles raisons d’espérer ainsi qu’à établir une nouvelle culture de la vie. La clé pour ce faire, et Jean-Paul II le savait, c’est pour les catholiques de se construire une identité forte et d’accepter « la responsabilité incontournable de faire un choix inconditionnel en faveur de la vie (28).
La situation présente donne aux catholiques une occasion inédite de contribuer à façonner l’avenir de leurs pays respectifs. Le président des États- Unis John Adams a déjà dit que la Constitution américaine « avait été faite uniquement à l’intention de gens moraux et religieux.
Elle est totalement inadéquate pour gouverner tout autre type de personne. » Si cela est toujours vrai, nous devons nous demander : « Comment les catholiques peuvent-ils contribuer à la création d’une société composée de ‘gens moraux et religieux’ ? »
Cette réponse, nous rappelle Jean- Paul II, se trouve d’abord dans la réponse à une question qui se répercute en nous depuis le tout début de l’aventure humaine : « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4.9)
L’avenir de la société dépend de notre réponse à cette question primordiale. Or je crois que personne n’est mieux préparé à cela que ces hommes qui vivent en fonction des principes de la charité, de l’unité et de la fraternité; des hommes qui, par leurs oeuvres, témoignent de cette vérité exprimée dans Evangelium Vitae: « Oui, tout homme est ‘le gardien de son frère’, parce que Dieu confie l’homme à l’homme » (19).
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