 Carl A. Anderson
Le Pape Benoît XVI a depuis longtemps fait le point sur ce sujet : le christianisme ne croit pas aux messies politiques. Récemment, il nous a rappelé que seule la foi dans le vrai Messie Jésus-Christ peut nous permettre dinfluer sur la politique dune manière profondément éthique.
Ses paroles prononcées en septembre dernier en République tchèque un pays qui a tourné le dos au communisme voilà 20 ans ont eu des conséquences sur toute lEurope ainsi quaux Philippines et sur le continent américain, tous des endroits dont lhistoire est inextricablement liée au christianisme.
Prenant la parole lors dune réunion oecuménique, le pape a souligné : « Quand lEurope écoute lhistoire du christianisme, elle entend sa propre histoire. Sa notion de justice, de liberté et de responsabilité sociale, en même temps que les institutions culturelles et juridiques établies pour préserver ces idées et les transmettre aux générations futures, sont modelées par lhéritage chrétien. »
De plus, explique Benoît XVI, le christianisme ne doit pas être confiné et en marge de la société. Il faut protéger la liberté de culte, et le christianisme doit faire entendre sa voix dans larène publique, pour façonner la conscience du continent et favoriser le consensus moral.
Il a dit : « Je souhaite souligner le rôle irremplaçable du christianisme pour la formation de la conscience de chaque génération et la promotion dun consensus éthique de base qui est utile à toute personne qui appelle ce continent son chez soi ! »
Cette déclaration du pape au sujet de lEurope vaut aussi pour les Philippines et les Amériques. Les chrétiens doivent amener la vérité de leur foi à modeler la conscience de leurs nations.
Cette même journée où le Saint-Père prenait la parole à Prague au sujet de la religion et de léthique sur la place publique, un symposium sur la liberté religieuse, parrainé par les Chevaliers de Colomb, se déroulait à Mexico. On y a discuté de lhistoire et de lavenir de la liberté de culte à travers le continent américain. Chez nous comme en Europe et aux Philippines, toute notre histoire est celle de « chrétiens baptisés ». Chaque pays des Amériques a été fondé par des chrétiens et, chose tout aussi importante, chaque pays bénéficie dune solide tradition catholique.
En effet, depuis lépoque de lévêque Juan de Zumárraga le premier évêque du Mexique jusquà celle de lévêque John Carroll qui a oeuvré pour la liberté de culte aux États-Unis, tant nos prédécesseurs Chevaliers de Colomb que dinnombrables autres personnes ont permis de faire des Amériques un important lieu de débat sur la conscience et la liberté religieuse.
Au cours du siècle dernier, lÉglise catholique a toujours fait partie intégrante de notre conscience, que lenjeu en cause ait porté sur les droits civils, la liberté de culte ou le droit à la vie.
Cela étant, à quoi devrait ressembler lavenir de la politique ?
Nous devrions commencer par comprendre à quel point la doctrine sociale catholique peut avoir un impact sur toutes nos plates-formes politiques. Il doit y avoir de la place pour le christianisme dans l « éthique politique » de lÉtat.
Bien avant la catégorisation en « aile droite » et « aile gauche », il y avait lÉvangile, et longtemps après que ces étiquettes politiques seront tombées en désuétude, lÉvangile sera toujours là. En tant que peuple de foi, nous avons tous la responsabilité de protéger lÉvangile et dempêcher quil ne soit manipulé par toute philosophie politique y compris la nôtre.
Le pape Benoît XVI nous appelle à poursuivre ce que le philosophe français Jacques Maritain qualifiait de « évangélisation de la conscience séculière », par la mise en application de « la foi de manière respectueuse mais néanmoins décisive au sein de larène publique, en souhaitant que les normes et les politiques sociales tiennent compte du désir de vivre en fonction de cette vérité qui rend les hommes et les femmes réellement libres » (cf. Caritas in Veritate, 9).
Notre tâche en tant que Chevaliers est de poursuivre cette évangélisation de la conscience et de travailler à la protection de la liberté de culte. Comme avec Benoît XVI et ses prédécesseurs, nous faisons nôtres ces responsabilités. Et en nous en acquittant, nous reprenons conscience de ce quest la vraie liberté. Durant sa rencontre avec les leaders tchèques, le pape a exprimé cette vérité comme suit : « La vraie liberté présuppose la recherche de la vérité du vrai bien et, de là, trouve précisément son accomplissement en connaissant et en faisant ce qui est opportun et juste. [...] Pour les chrétiens, la vérité a un nom : Dieu. Et la bonté a un visage : Jésus-Christ. »
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