|
Merci, chers amis – et j'ose dire également frères de sœurs pour la défense de la vie.
Comme moi, je suis convaincu que vous avez été ému d'entendre son Éminence [le cardinal Marc Ouellette] raconter du fond de son cœur les derniers jours du pape Jean-Paul II. Vraiment, de nombreuses années s'écouleront avant que les historiens et les savants puissent consigner par écrit l'héritage légué par ce grand pape. Toutefois, il me semble évident que, déjà, l'un des grands cadeaux que Jean-Paul II a offerts à l'Amérique du Nord, c'est d'avoir nommé Marc Ouellette, Cardinal primat du Canada. Éminence, nous sommes très fiers de vous compter parmi nos frères Chevaliers de Colomb, et nous remercions le Seigneur pour votre courage et votre leadership spirituel, au Québec, au Canada et dans toute l'Amérique du Nord — Vraiment, merci!
Vous êtes plus conscient que moi encore, que nous nous trouvons à un moment critique de l'histoire du Canada et au cœur de la longue lutte pour le respect de chaque vie humaine à tous les stages de son existence.
Il se peut que demain, les journaux traitent de la Marche d'aujourd'hui, comme d'une « manifestation anti-avortement » et ils n'auront pas tout à fait tort. Sauf que ce ne sera que partiellement vrai.
La Marche d'aujourd'hui « pour la vie » dans le sens le plus large du terme.
En effet, nous avons marché aujourd'hui pour faire la promotion de toute une Culture de la vie. Notre message est positif. C'est un message rempli d'espérance. Justement, nous avons marché dans l'espérance d'un monde où chaque vie humaine sera appréciée à sa juste valeur et où le droit à la vie sera compté parmi les droits fondamentaux que tout tribunal et que tout parlement doit reconnaître et respecter.
Pendant plusieurs années, notre campagne pour le Culture de la vie avait l'avortement comme point de mir, et la raison en était claire : l'avortement c'est le plus grand attentat contre la vie humaine de toute l'histoire humaine. Car des êtres sans nom et sans visage, de tout-petits que nous ne pouvons même pas voir, y sont les premiers détruits.
Mais de nos jours, grâce au progrès de l'échographie, une fenêtre s'ouvre sur l'utérus, de sorte que nous pouvons clairement apercevoir le visage de l'enfant à naître, suivre son développement et même deviner certains traits de sa personnalité. Nous savons aujourd'hui que cet enfant ressent de la douleur et des émotions, et qu'il réagit à la musique. Pourtant, le droit de nos deux pays continue à avancer cette chimère, selon laquelle celui ou celle que nous apercevons comme étant un enfant, n'est pas encore, d'une certaine manière, un être humain. Il s'ensuit que, aujourd'hui, les aînés, les malades, les déficients intellectuels sont de plus en plus en danger. Pourquoi? Parce qu'une fois établi le principe selon lequel le droit à la vie n'est plus en absolu devant la loi, personne, je dis, personne – n'est jamais vraiment à l'abri du danger.
Dix-sept ans après que la Cour suprême du Canada eut aboli les lois interdisant l'avortement, le mouvement sociétal actuel vers une culture de la mort s'oriente vers une lutte pour la vie humaine qui passe de l'utérus au foyer familial et jusqu'au lit d'hôpital.
C'est sous les yeux horrifiés de plusieurs personnes du monde entier qu'on a mis a mort Terri Schiavo, en Floride. Contrairement aux millions de victimes d'avortements, cette femme avait un nom et une histoire. Pourtant, malgré les efforts des législateurs, tant ceux des états que ceux du gouvernement fédéral, ainsi que les interventions du gouverneur de la Floride et du président des États-Unis, la culture de la mort qui prévaut en Amérique a réclamé Terri Schiavo.
L'euthanasie n'est plus un phénomène qui se produit seulement aux Pays-Bas. Il se produit actuellement en Amérique du Nord.
Ce n'est plus un phénomène qui se produit seulement pour ceux et celles qui le recherchent. Actuellement, c'est un danger auquel chacune et chacune est exposé. Il suffit que quelqu'un devienne handicapé pour qu'un tribunal puisse « discerner » si il ou elle désire exercer son droit de mourir.
S'il faut se fier aux Pays-Bas, le fait de discerner l'intention des malades en phase terminale n'est qu'un début.
Récemment, le Washington Times rapportait que le Protocole de Grogingen, d'après l'hôpital hollandais où il fut d'abord établi, « permettrait aux médecins d'euthanasier les patients qui, suivant l'avis de ces mêmes 'médecins'… à qui le 'libre arbitre' ferait défaut. » Et toujours selon ce même article, « cette catégorie de malheureux individus, comprendrait les nouveaux nés, les personnes atteintes d'un coma irréversible ou de déficience intellectuelle grave ».
L'article rapportait encore que l'hôpital en question a déjà entrepris ces procédés, sans même attendre toute sanction légale formelle. Et jusqu'ici, les procureurs hollandais ont refusé d'intervenir pour que cesse cette tuerie.
De plus, il n'existe aucun recours en appel possible contre cette décision des médecins hollandais. Si les médecins décident qu'un enfant est inapte à vivre, il ou elle est mis à mort et les parents n'ont rien à dire.
Lors de ma première visite en Hollande, il y a quelque vingt ans, j'ai été stupéfait de constater à quel point les enfants se faisaient rares. C'était comme si, étrangement, les Hollandais avait envahi par des « voleurs d'enfants ». À l'heure actuelle, on aperçoit de moins en moins dans le pays des personnes âgées ou handicapées. De plus, il n'est pas clair qu'on puisse établir avec certitude comment les Hollandais pourront être délivrés d'une situation dans laquelle ils se sont empêtrés d'eux-mêmes. Les lois canadiennes contre le suicide ne suffiront peut-être pas à arrêter le mouvement menant à l'euthanasie chez vous.
En novembre dernier, le ministre de la Justice, Irwin Colter, faisait part à la Chambre de Communes qu'il est temps d'examiner de nouveau la question du suicide assisté.
Cette déclaration suivait l'acquittement d'Evelyn Martins, inculpée d'aide dans un suicide assisté, verdict qui semble avoir enhardi les partisans de l'euthanasie de votre pays. D'ailleurs, selon le Victoria Times Colonist, il existe ici, au Canada, un « genre de réseau clandestin » qui refuse d'admettre la loi en « aidant les malades en phase terminale et d'autres également à s'enlever la vie ».
Des millions de femmes ont été trompées par les arguments des partisans de l'avortement, de sorte que, chaque jour, des milliers d'autres deviennent victimes de ce procédé insidieux et contre nature qui dresse la mère contre son enfant.
Par contre, l'argument contre l'euthanasie est autre, et peut-être plus insidieux encore. En effet, malgré tous les beaux discours, nombreux sont ceux et celles qui continuent de croire que l'avortement est bel et bien, en soi, un geste égoïste, puisque quelqu'un doit mourir pour que la vie d'un autre soit améliorée. Toutefois, l'euthanasie et le suicide assisté se font passer pour des gestes désintéressés.
Tout comme l'avortement est présenté sous le couvercle anodin de « liberté de choix, à son tour, l'euthanasie s'entend de « mort dans la dignité » ou de moyens « d'abréger son supplice ». En d'autres termes, d'éliminer – par compassion – la souffrance.
Toutefois, une fois que l'euthanasie devient légale, elle devient une réalité plus sinistre encore.
Les abus fort bien documentés provenant de « l'euthanasie volontaire » aux Pays-Bas, illustrent clairement les dangers que parsème cette route. Par exemple, témoignant devant la législature de l'État de la Californie, le docteur John Whiffen, du Conseil de la famille de Californie remarquait que au-delà des 15 pour cent de tous les cas d'euthanasie relevés aux Pays-Bas sont involontaires. Involontaires!
Les preuves avancées aux Pays-Bas, ainsi que celles provenant du cas Terri Schiavo, illustrent clairement les dangers qui existent à s'aventurer sur ce sentier. Peut-on douter sérieusement que le prétendu « choix » de Terri Schiavo, exercé en son nom par son mari, fût autre chose qu'une fiction juridique?
Si jamais le Canada permettait l'euthanasie volontaire, celle-ci sera inévitablement suivie d'exemples d'euthanasie obligatoire. Les partisans riposteront : « Pourquoi refuser aux gens l'exercice de leurs droits simplement parce que ils en sont inaptes? Que ce soit de façon générale ou à la pièce, les gens seront mis à mort sans leur consentement par d'autres, fort disposés à accorder un tel consentement.
Toutefois, il existe un problème encore plus important concernant l'euthanasie et le suicide assisté que l'abus qu'on en fait. C'est que le suicide assisté est en lui-même un abus.
Premièrement : Il existe peu de maladies dont les souffrances ne peuvent être atténuées par la médecine moderne. À ce propos, il est évident qu'il nous faut porter ce message devant le grand public : car la plupart de gens, même les plus gravement atteints, peuvent s'accommoder de leurs vies ici-bas, une fois que leurs souffrances atténuées.
Deuxièmement : tout comme pour l'avortement, permettre que les médecins deviennent à la fois, des agents de mort et de vie, leur crée de sérieux conflits dans leurs vies professionnelles et entraînant un changement dans la façon dont la profession médicale pratiquera la médecine. Pendant des milliers d'années, les médecins se sont conformés au principe du serment d'Hippocrate : « D'abord, ne faire aucun tort ». Aujourd'hui ils se font dire qu'il leur revient de guérir certains patients, tout en infligeant à d'autres l'ultime tort. Et n'est-ce pas justement ce qu'Hippocrate a cherché à changer?
|