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Les Chevaliers de Colomb: Au Service De Un. Au Service De Tous.
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La femme qui transforme le visage d’un continent

par le docteur Eduardo Chávez


La « tilma » de saint Juan Diego, laissant paraître l’image de la Vierge de Guadalupe.

Le regretté serviteur de Dieu, Jean-Paul II déclarait: « L’apparition de Marie à l’Indien Juan Diego sur la colline de Tepeyac, en 1531, eut des répercussions décisives pour l’évangélisation. Son influence dépasse largement les frontières du Mexique et s’étend au continent tout entier. »1 De plus, le Saint-Père proclamait très explicitement: « L’Amérique qui a été au long de son histoire et qui demeure un creuset de peuples, a reconnu dans le visage métissé de la Vierge de Tepeyac […] sainte Marie de Guadalupe, un exemple parfait d’évangélisation parfaitement inculturée. C’est pourquoi, non seulement au centre et au sud mais aussi au nord du continent, la Vierge de Guadalupe est vénérée comme la Reine de toute l’Amérique. »2

Qu’a donc entrevu Jean-Paul II qui le mena à proclamer pour tout le continent américain la fête liturgique de Notre Dame de Guadalupe? Qu’y a-t-il dans cette dévotion qui mena le pape Benoît XVI à affirmer, quelques jours à peine suivant son élection au pontificat, devant la Vierge de Guadalupe de Tepeyac: « Nous plaçons nos vies entre vos mains. » Pourquoi cette dévotion est-elle estimée de tant de façons et si clairement par tous les papes? Et pourquoi, depuis 1573, tant d’indulgences, de bénédictions et de privilèges ont-ils été confiés à l’humble sanctuaire de Tepeyac? Et pourquoi des millions de gens, non seulement du Mexique, mais de partout, découvrent chez elle un message qui est explicitement personnel, qui touche leurs cœurs, les convertit et ranime leur foi, les remplit d’espérance et les rend portés par l’immense amour de Dieu?

Comme il arrive de tout événement du salut, l’événement guadalupéen s’est produit à un moment de l’histoire bien attesté. C’est arrivé il y a 475 ans, dans un endroit bien précis: la colline de Tepeyac. C’est un événement qui transcende frontières, cultures, peuples et coutumes, qui atteint la sensibilité la plus profonde de l’être humain et qui, plus est, implique dans un sens concret et historique, la participation de chaque être humain, avec ses défauts et ses vertus, de sorte qu’une telle intervention peut s’étendre au-delà des phénomènes sanctionnés par la nature humaine. L’une des manifestations les plus claires qui démontre  que l’événement guadalupéen est, de fait, un événement de salut est la conversion des cœurs, son habileté à diriger  des vies vers celui seul qui est la Voie, la Vérité et la Vie, Jésus Christ, notre Seigneur. C’est précisément Dieu qui a pris l’initiative de venir à la rencontre de l’être humain à un moment prédéterminé de l’histoire. Cet aspect historique est important lorsque vient le temps de rendre concrète la réalité d’un changement de vie capable de créer, à partir des racines mêmes de la foi, une culture de la vie et une civilisation de l’amour

Saint Juan Diego arête par le Vierge de Guadalupe.

Dieu intervient par l’entremise de sa propre Mère, Notre Dame de Guadalupe, envoyée par le Père, par l’Esprit Saint afin de présenter son Fils, Jésus Christ, et pour permettre à chaque être humain de devenir partie prenante de sa vie.

Elle est la première disciple et missionnaire nous présentant et nous livrant le message du salut. Par le fait même, elle forme des disciples et des missionnaires capables de témoigner, aux dépens de leurs propres vies, de l’immense joie acquise en rencontrant l’amour de Jésus Christ grâce à sa Mère et notre Mère.
 
Voilà une histoire réelle et vraie, tout comme est réel et vrai l’amour de Dieu. L’événement guadalupéen fait partie de l’histoire du salut, car il exerce une influence décisive sur l’évangélisation d’un continent tout entier, tel que le Saint-Père l’avait affirmé. Notre Dame de Guadalupe devient l’Étoile de l’évangélisation, « parfaitement inculturée », modèle pour le monde entier.
 
Ce qui fait l’Acontecimiento Guadalupano (événement guadalupéen), ce sont les apparitions de Notre Dame de Guadalupe à l’autochtone, Juan Diego Cuauhtlatoatzin (ce qui signifie, aigle capable de parole), événement centré sur Jésus Christ, notre Seigneur, survenu les 9 et 12 décembre 1531, sur la colline de Tepeyac, au nord de Mexico.

Dix ans auparavant, après la Conquista de 1521 (la conquête de l’empire aztèque aux mains des Espagnols), les rites religieux des autochtones sont supprimés, y compris les sacrifices humains offerts en vue de nourrir les dieux pour que se poursuive le cycle de la vie. Comme les dieux ne sont plus régalés, les autochtones craignent l’imminence d’un cataclysme. Pourtant, devant leurs yeux incrédules, aucun signe n’apparaît dans le cosmos: le soleil continue de se lever, les étoiles et la lune sont toujours à leurs places, le jour comme la nuit, et les cycles des saisons persistent.

Que se passe-t-il donc? Les dieux leur ont-ils menti? Tout avait-il été un geste dérisoire contre ceux qui se prenaient pour les fils du soleil? Que sont devenus leurs prophéties et leurs espoirs? Où sont donc passés les dieux? S’agit-il d’une stratégie de ces êtres si exigeants?

La défaite subie lors de la Conquista n’est pas que militaire. Il en résulte également une crise économique ainsi qu’un effondrement moral, spirituel, culturel et religieux, ce qui devient une désertion évidente de ces dieux en qui les autochtones ont cru et à qui ils ont offert leurs cœurs et le sang de leurs enfants. Et pourquoi? Pour rien. Absolument rien! Un empire se meurt.

Le traumatisme de la Conquista persiste inévitablement parmi les autochtones. Expert en culture náhuatl (aztèque), Miguel Leon-Portilla nous note que, « Ceux qui étaient tenus pour invincibles, les peuples du soleil, les plus puissants de leur histoire doivent admettre la défaite. Une fois que les dieux sont morts et disparus, le gouvernement, avec son contrôle, sa renommée et sa gloire, l’expérience de la conquête, de tragédie sans conteste, se transforme en un événement collé à l’âme et sa mémoire dégage un traumatisme.3 Les échos sombres et tristes du Canto Mexicano (chant mexicain) résonnent dans le désert d’Anahuac.

  • Les cris se répercutent, les larmes tombent dans le Tlatelolco.
     
    Les Mexicains ont déjà déserté par la voie des eaux;
    ils ont des airs de femmes, leur évasion est générale.
    Où allons-nous? Ô mes amis! Était-ce vrai? On abandonne Mexico.
  • La fumée s’élève, le brouillard se répand […].
  • Pleurez, mes amis. Prenez conscience que, à cause de ces événements, Nous avons perdu la nation mexicaine
    L’eau et la nourriture se sont putréfiées.
  • Voilà ce que le Donneur de vie a provoqué à Tlatelolco.

Un petit groupe de missionnaires franciscains doivent relever un énorme défi parmi les millions d’autochtones qui avaient peuplé l’empire aztèque. Ces saints hommes doivent tout faire pour que les autochtones survivent et en même temps ils doivent les évangéliser. On ne peut douter que, durant les premiers efforts d’évangélisation du Mexique, l’œuvre des missionnaires ait été extraordinaire 4; malheureusement, la tâche est trop exigeante.

Le frère Gerónimo de Mendieta nous raconte le souci des missionnaires qui, dès les débuts de l’évangélisation, n’arrivent pas à écarter les autochtones de leurs dieux. Les missionnaires ont beau tenter, par maints et maints moyens de se faire comprendre, mais « les autochtones, d’une part, ne comprennent pas ce qui se dit en latin et, d’autre part, ils n’abandonnent pas leur idolâtrie. Alors les prêtres ne peuvent les réprimander ou avoir recours à des moyens de les arrêter, puisqu’ils ne connaissent pas la langue, situation qui les bouleverse et les afflige »5 Sans doute sont-ils inquiets. Comment évangéliser des millions d’autochtones tout en étant plongé dans une conquête tragique avec seulement quelques missionnaires dont le nombre, à l’époque, ne dépasse pas trente? De plus, leurs convertis éventuels sont décimés par la maladie, la variole, qui se déclare peu de temps après l’arrivée des Européens et décimera la moitié de la population indigène, sans compter que ce même peuple subit un sérieux traumatisme à cause de la mort de leurs dieux..

 Saint Juan Diego devant la Vierge de Guadalupe.

En effet, les frères sont très inquiets puisque, pour leur part, ils tâchent de protéger les autochtones contre les mauvais traitements subis aux mains des Espagnols, et ils doivent voir à ce que cessent l’arrogance, la haine et la convoitise qui menacent de détruire la communauté espagnole même. La Primera Audiencia (première audience), une agence du gouvernement civil à l’époque, s’avère une institution des plus corrompues. Vols, infractions et mauvaise conduite frappent et atteignent sérieusement autant les autochtones que les quelques Espagnols qui tentent de corriger la situation. Les missionnaires espagnols subissent des souffrances atroces aux mains de leurs compatriotes catholiques dont les cœurs se laissaient aller à d’incroyables cruautés, allant même
jusqu’à attenter à la vie de l’évêque de Mexico, le frère Juan de Zumárraga. Celui-ci est contraint d’excommunier les membres de la première audience, ce qui nuit à leur réputation à Mexico. C’est une période tellement complexe que Mgr Zumárraga écrit au roi en implorant l’aide de Dieu: « Si Dieu n’intervient pas pour que soit immédiatement apporté un remède, cette terre est menacée d’être perdue à tout jamais… » 
Et Dieu intervient par l’entremise de l’être qu’il aime le plus, sa propre Mère, qui, à son tour, choisit comme son messager, un humble et simple autochtone, et qui, de fait, devient son interprète très digne de confiance, Juan Diego Cuauhtlatoatzin.

Juan Diego est né dans le village de Cuautitlan vers 1474. Il est un macehual, c’est-à-dire un homme ordinaire qui a vécu personnellement la conquête aux mains des Espagnols et de tribus autochtones qui avaient décidé de s’allier aux Européens pour vaincre l’empire mexicain. En 1524, avec l’arrivée des premiers missionnaires franciscains, Juan Diego embrasse la foi chrétienne et est baptisé avec sa femme, Maria Lucia et son oncle Juan Bernardino. Ensemble, ils décident de déménager au village de Tulpletlac. Maria Lucia y meurt en 1529.
Le samedi 9 décembre 1531, Juan Diego se rend à Tlatelolco pour le catéchisme, quand la Mère de Dieu lui apparaît. Elle lui demande d’être son messager pour qu’une petite maison sacrée, un temple, puisse être construite dans la vallée de Tepeyac où elle pourrait offrir tout son amour, c’est-à-dire son Fils, Jésus Christ. Elle souligne qu’une telle entreprise doit être approuvée par l’évêque, le frère Juan de Zumárraga. Juan Diego manifeste beaucoup de force et de patience devant les difficultés et les contradictions qui s’ensuivent. À un moment donné, l’évêque exige un signe et la Vierge Marie demande à Juan Diego de retourner à Tepeyac pour qu’elle puisse lui accorder le signe exigé.

La Vierge rendant visite à l’oncle de Juan Diego, Juan Bernardino, qu’elle restaure à la santé et à qui elle révèle son nom: « Sainte Marie de Guadalupe ».

Cependant, Juan Diego ne peut pas être au rendez-vous, parce qu’il doit avoir soin de son oncle gravement malade.

Quelques jours plus tard, le mardi 12 décembre, il part tôt et en toute hâte pour Tlatelolco, à la recherche d’un prêtre pour son oncle Juan Bernardino. Très bouleversé, il cherche à éviter sa rencontre avec la Vierge, contournant la colline de Tepeyac, afin d’éviter tout retard. Mais c’est alors que la Vierge de Guadalupe l’arrête pour lui transmettre les plus belles paroles, des paroles prononcées pour nous également: « Écoute, place ceci dans ton cœur. Toi, mon fils, le plus jeune, peu importe ce qui t’a inspiré tant de crainte et d’affliction, ce n’existe plus maintenant; ne permets pas que ton visage ou ton cœur soient troublés; n’aie peur ni de cette maladie ni de toute autre maladie, ou de tout ce qui est bouleversant ou affligeant. Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta mère? N’es-tu pas couvert de mon ombre et sous ma protection? Ne suis-je pas la source de ton bonheur? N’es-tu pas dans les plis de ma robe et dans le creux de mes bras croisés? Qu’as-tu besoin d’autre? » La Dame du Ciel le rassure: son oncle, Juan Bernardino est déjà guéri.

À cet instant précis, la Vierge apparaît à l’oncle qui se meurt et non seulement le ramène-t-elle la santé, mais elle lui révèle son nom: « Santa Maria de Guadalupe » (Guadalupe — mot d’origine arabe qui signifie « le lit de la rivière » ou « le porteur d’eau »; il peut également se traduire par « rivière de lumière ». Elle nous amène jusqu’à l’eau vive.) À partir de 1675, certains historiens ont suggéré que Juan Bernardino avait entendu un nom autochtone plutôt que le nom Guadalupe, ce qui est totalement faux, tout comme il n’est pas vrai non plus que ce sont les Espagnols qui l’ont nommée Guadalupe. C’est la Vierge elle-même qui a choisi de s’appeler « Santa Maria de Guadalupe ».

Juan Diego a la foi et l’espérance voulues pour accepter ce que la Vierge lui dit et il se rend disponible pour rapporter à l’évêque le signe qu’il exige. La Vierge lui demande de se rendre au haut de la colline où il trouvera de belles fleurs à cueillir et déposer dans sa tilma (manteau). Comme elle l’a dit, Juan Diego découvre, sur cette colline sèche et rocheuse, un endroit de mort, les plus belles et les plus extraordinaires fleurs. Il fait comme on lui a dit et descend de la colline portant dans sa tilma le signe précieux que l’évêque a exigé. La Vierge dispose une à une les fleurs dans la tilma du jeune autochtone et l’envoie directement à Mexico pour qu’il livre à l’évêque le signe promis.

Saint Juan Diego montre les fleurs à Mgr Zumárraga et au même moment, l’image de la Vierge de Guadalupe apparaît sur sa « tilma ».

Après avoir longuement patienté, Juan Diego se trouve enfin devant l’évêque pour lui donner le signe. Pour l’autochtone, le contenu de sa tilma est très éloquent, puisque, d’après sa tradition, la vérité est caractérisée par « flor y canto » — la fleur et le chant. Il apporte des fleurs de cet endroit, la Tepeyac, où il a entendu de merveilleux chants d’oiseaux. Autrement dit, à la surprise de tout le monde, l’autochtone livre la vérité dans sa tilma. Quand Juan Diego eut ouvert sa tilma pour révéler les fleurs, au moment même, une image extraordinaire de Notre Dame de Guadalupe s’y révèle. Quelle surprise pour l’évêque et pour tous les témoins de cette merveilleuse révélation. Quelle surprise pour Jan Diego également, car l’image de la Vierge de Guadalupe imprimée à l’intérieur de sa tilma signifie que lui-même, simple et humble autochtone, s’est transformé en signe. C’est sa tilma d’abord et ensuite lui-même qui se trouvent entre les mains de l’évêque, chef de l’Église. Sa propre personne se transforme en ce signe de la divine présence entre les mains de l’évêque, vérité extraordinaire, puisque c’est seulement dans les églises que se trouvent la Voie, la Vérité et la Vie qu’est Jésus Christ, chef de l’Égllise.

Cet événement témoigne de l’immense amour de Dieu et révèle tant aux Espagnols qu’aux autochtones comment ils peuvent en arriver à comprendre la vérité de Celui pour qui nous vivons, celui qui donne la vie, le Maître de la terre et des cieux, qui est venu sauver l’être humain du péché et de la mort, du désespoir et de la haine, de la violence et de l’injustice.

L’image qui apparaît sur la tilma dépeint la Vierge Mère comme mestiza (femme de race mixte), enveloppée du soleil et la lune à ses pieds, son manteau est serti d’étoiles. Son message et sa volonté sont orientés vers la diffusion de l’amour de Dieu et c’est pourquoi elle demande que soit construit un temple, pour offrir l’amour de Dieu aux personnes de toutes races qui ont confiance en elle.

Dans cet événement de salut sont manifestées l’unité, l’harmonie et l’intervention de Dieu, à même un élan d’évangélisation manifesté par l’intercession de sa propre mère, Marie, en vue d’une conversion authentique telle que décrite dans l’Évangile de saint Jean. Aux noces de Cana, Marie, Mère de Dieu donne aux êtres humains son seul commandement: « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5). Jusqu’à maintenant, l’événement guadalupéen se présente comme un exemple sans pareil de ce que le serviteur de Dieu, le bien-aimé Jean-Paul II, appelle « le grand exemple d’évangélisation parfaitement inculturée »

Mais il y plus encore. L’apparition de l’image sainte sur l’humble tilma de Juan Diago porte plusieurs significations, dont les quatre suivantes sont les plus essentielles:

• Elle a servi à transporter certains articles, contribuant à l’appui de la famille.

• Au sein de la société autochtone, la tilma servait à identifier la condition sociale de l’individu. Seuls les nobles pouvaient porter des vêtements décorés.

• Enfin, la tilma était si importante que durant les mariages entre autochtones, la tilma du marié était liée par un nœud à l’huipil, la robe de la mariée, pour symboliser que désormais leurs vies étaient unies..

Lorsque la Vierge de Guadalupe imprime son image sur l’humble tilma, c’est elle-même qui, de sa propre image, rend hommage et reconnaît la dignité de l’être humain. C’est elle qui se lie d’un mariage spirituel avec le peuple. C’est elle qui est notre protection. Rappelons-nous ses paroles à Juan Diego, et qui, par lui, s’adressent à nous tous et toutes: « Ne crains pas. Ne suis-je pas ici, moi, qui suis ta mère? » Et c’est elle qui nous donnera notre nourriture, son propre Fils, Jésus Christ, qui se livre de manière bien spéciale durant l’Eucharistie. Jésus Christ, notre Seigneur, constitue le centre de l’événement guadalupéen. C’est lui qui nous nourrit de son corps et de son sang, et c’est pourquoi l’Immaculée Vierge de Guadalupe désire un temple pour offrir tout son amour, qui est son propre Fils, Jésus Christ. Ainsi, ce n’est pas elle qui est le centre de son image, ni même son image, mais c’est de son seul Fils dont il s’agit. Elle se manifeste comme le tabernacle immaculé de Dieu.

Dans cette image, nous pouvons observer que tout de qui concerne Notre Dame de Guadalupe est communiqué dans un code que les autochtones comprennent parfaitement. L’image révèle une jeune femme enceinte, la Vierge Mère, vêtue d’une tunique qui représente la terre, et une robe bleue, couleur des cieux. En elle se trouve l’harmonie parmi toutes les étoiles, puisqu’elle est enveloppée du soleil, sa robe est sertie d’étoiles et elle met le pied sur la lune. Au centre, on remarque une fleur à quatre pétales qui signifie que  le ciel et la terre appartiennent à Dieu, ce Dieu tout-puissant et omniprésent. Les fleurs qui l’entourent sont enracinées dans la robe bleue qui signifie le ciel et donc qu’elles sont enracinées en Dieu, dans la divinité. Ces étranges étoiles sont composées de deux éléments picturaux, la colline et la rivière. Aux yeux des autochtones, cette double image se rapporte à la « civilisation ». À l’image de la fleur et de la colline, on aperçoit des petites fleurs, ainsi une colline de fleurs, remplie de la vérité de Dieu.  Accompagnée d’un plan d’eau, celle-ci signifie la vérité de Dieu donnant lieu à une civilisation d’amour, d’unité et d’harmonie.

Peu après l’apparition de la Vierge de Guadalupe, les conversions se multiplient à un rythme étonnant. Les missionnaires sont déroutés, accablés même, par ce dont ils sont les  témoins. Les autochtones viennent de partout, voire de pays très éloignés et demandent de recevoir les sacrements. Le frère Gerónimo de Mendieta remarqua: « Au moment d’être baptisés, plusieurs d’entre eux en ont les larmes aux yeux. Qui oserait dire qu’ils se présentent sans la foi? Ce n’est pas facile pour eux de venir de si loin pour recevoir de sacrement du baptême quand personne ne les y oblige à recevoir le sacrement du baptême. »6

En 1539, neuf ans seulement après l’apparition, près de neuf millions d’autochtones sont dèjà convertis. Pour ce qui est des Espagnols, le taux de conversions est déconcertant. De nombreux documents témoignent de la dévotion extraordinaire des Espagnols qui les incite à se rendre en grand nombre contempler l’image.

Bien près de cinq siècles se sont écoulés depuis l’événement guadalupéen, et aujourd’hui il nous est révélé comme un phénomène merveilleusement nouveau. En effet, il sert parfaitement de réponse aux besoins de notre époque en quête en recherche de paix, de telle sorte que tous et toutes peuvent devenir meilleurs, dans l’harmonie que peut apporter le partage de la richesse des cultures de nos ancêtres.
Voilà pourquoi, lorsqu’il s’agit d’évangéliser tout un continent et davantage, il est nécessaire d’insister sur l’importance de l’événement guadalupéen. Car celui-ci propage l’Évangile dans un monde qui a tant besoin d’unité, de paix, de solidarité et d’amour, c’est-à-dire d’une authentique conversion. Grâce à un homme de bonne volonté, simple et humble, rempli d’amour pour le Dieu que Marie nous a offert, de grandes choses peuvent se produire menant à une nouvelle humanité, dans la solidarité  vécue au sein d’une civilisation de l’amour.


Notes:

1 JEAN-PAUL II, Ecclesia in America, Mexique, 22 janvier 1999 (Cité du Vatican: Libreria Editrice Vaticana, 1999, §20. Le Saint-Père cite la Quatrième assemblée générale de l’épiscopat latino-américain, tenue en République dominicaine le 12 octobre  1992, § 24. Cf. également AAS, 85 (1993) p. 826.

2 JEAN-PAUL II, Ecclesia in America, (Cité du Vatican: Libreria Editrice Vaticana, 1999) § 20.

3 LEÓN-PORTILLA, MIGUEL. El reverso de la conquista (México 2: Joaquín Mortiz, 1970)21-22.

4 Cfr. FRAY GERÓNIMO DE MENDIETA. Historia Eclesiástica Indiana (México: Porrúa (Col. Biblioteca Porrúa N° 46, 1980). Aussi: FRAY TORIBIO MOTOLINIA, Historia de los Indios de la Nueva España (México: Porrúa (Col. “Sepan cuantos...” N° 129), 1973). Aussi: FRAY BERNARDINO DE SAHAGÚN, Historia General de las Cosas de la Nueva España (México5: Porrúa (Col. “Sepan cuantos...” N° 300, 1982).

5 FRAY GERÓNIMO DE MENDIETA, Historia Eclesiástica, p. 219.

6 FRAY GERÓNIMO DE MENDIETA, Historia Eclesiástica, p. 276.

Points Importants
L’Hémisphère chrétien
La Femme qui transforme le visage d’un continent