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« Accroche-toi à ce qui est bon »

5/1/2018

par Carl A. Anderson, Chevalier Suprême

Les communautés catholiques amérindiennes évoluent dans la diversité culturelle et l’unité de la foi

Carl A. Anderson

Carl A. Anderson

CETTE ANNÉE, j’ai passé la plus grande partie de la Semaine sainte dans le Diocèse de Gallup, au Nouveau- Mexique, où j’ai pu voir combien notre foi catholique est présente parmi les amérindiens.

J’ai rencontré des bénévoles de Mercy Corps à la St. Michaels Association for Special Education (association pour enseignements spéciaux) dans la réserve des Navajos ; j’ai salué des Navajos à la résidence de la Villa Guadalupe des Petites Soeurs des Pauvres ; j’ai rendu visite à l’église missionnaire de San Esteban del Rey à « Sky City » qui fait partie du pueblo d’Acoma Pueblo, scène d’un épisode dramatique du roman Death Comes to the Archbishop de Willa Cather ; et j’ai été informé du travail pastoral d’un prêtre missionnaire dans la réserve des Zuñis.

Mais le point culminant a été la veillée de Pâques à la Mission San José dans la réserve du pueblo Laguna, après que Dorian et moi-même ayons dîné avec une famille de la paroisse.

La messe a été une expérience extraordinaire au fur et à mesure que l’église, construite en 1699, s’illuminait pendant la procession. Lorsque la communion prenait fin, la congrégation a chanté un hymne dans leur langue maternelle, le keresan.

Ensuite, les gouverneurs du village se sont avancés devant l’autel pour parler de la nécessité de continuer de vivre selon des modalités qui mettent leur foi catholique « en harmonie avec leur manière de vivre indienne », de se traiter les uns les autres selon les principes chrétiens et « de s’adresser les uns aux autres avec respect ».

Cette expérience a mis en relief ce que saint Jean-Paull II a dit à Fort Simpson, dans les Territoires du Nord- Ouest, il y a 30 ans : « Les nobles traditions des tribus indiennes se sont trouvées renforcées et enrichies par le message de l’Évangile. […] Dès lors, non seulement le christianisme est -il très valable pour les peuples indiens, mais le Christ, par les membres de son corps, est lui -même Indien. »

Dans les pages de Columbia et ailleurs, j’ai souvent écrit à propos du défi que le Pape François a lancé pour faire connaître l’Évangile dans les périphéries. Mais la Semaine sainte m’a clairement fait prendre conscience de l’existence d’une « périphérie » au coeur de notre propre continent, une périphérie largement négligée par de nombreux catholiques mais où l’Évangile est déjà vécu depuis des siècles.

« Aujourd’hui, les hommes se rendent de plus en plus compte qu’ils appartiennent tous à la même famille humaine (…) », a déclaré Jean-Paul II au cours de sa réunion en 1987 avec les peuples autochtones à Phoenix, quelques jours avant sa visite à Fort Simpson.

« Au sein de cette famille, », a-t-il ajouté, « chaque peuple préserve et exprime sa propre identité et enrichit les autres des dons de sa culture, de ses traditions : coutumes, histoires, chant, danse, art et techniques. »

Nicholas Black Elk, dont la cause de canonisation a récemment été ouverte dans le diocèse de Rapid City, dans le Dakota du Sud, illustre parfaitement ces paroles.

Il a combattu lors de la Bataille de Little Bighorn et a ensuite été le témoin de la mort de Minneconjou et de la destruction de leur campement à Wounded Knee. Ces expériences auraient pu l’amener à vivre une vie empreinte de colère, de haine et de désespoir.

À la place, après son baptême, il a vécu une vie d’espoir et a oeuvré en faveur de la réconciliation — évangélisant pendant 50 ans ses compatriotes autochtones.

Les indiens Pueblos ont une prière que la tribu Laguna connaît bien et qui ressemble à un poème : « Accroche-toi à ce qui est bon, même si c’est une poignée de terre. Accroche-toi à ce que tu crois, même si c’est un arbre solitaire. Accroche-toi à ce que tu dois faire, même si tu dois partir loin d’ici. Accroche- toi à ta vie, même si c’est plus facile de lâcher prise. Accroche-toi à ma main, même si un jour je ne suis plus à tes côtés. »

Le Pape François nous a récemment rappelé :

« Chaque culture […] qui [reçoit] l’Évangile [enrichit] l’Église par la perception d’une nouvelle facette du visage du Christ. »

Si nous sommes vraiment les personnes « qui désirent ardemment voir Son visage », il y a alors un nouveau voyage de découverte, cette fois-ci près de chez nous, que nous sommes invités à entreprendre.

Vivat Jesus!