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Nous rebâtirons

5/1/2019

par Carl A. Anderson, Chevalier Suprême

L’incendie tragique de la Cathédrale Notre-Dame fait résonner à la fois notre histoire et nos responsabilités en tant que catholiques

Carl A. Anderson

Carl A. Anderson

TANDIS QUE J’ÉCRIS cet article, des flammes colossales continuent d’engloutir notre magnifique Cathédrale, Notre- Dame de Paris. J’utilise le mot « notre » parce que cette construction majestueuse fait partie du patrimoine artistique de l’humanité et est un lieu de prière pour des millions de catholiques venus de France et d’ailleurs depuis des siècles et, depuis peu, un lieu particulier pour les Chevaliers de Colomb.

En mai 2017, j’ai accompagné une délégation de frères Chevaliers parisiens pour assister à une Messe célébrée dans la Cathédrale Notre-Dame et prendre part à une exposition et vénération de la Sainte Couronne d’épines. Plus tard au cours de la même année, les Chevaliers de Colomb était l’un des principaux parrains d’un spectacle son et lumière sur la façade de la Cathédrale. Intitulé « Dame de Coeur », le spectacle racontait l’histoire de la Cathédrale dans le cadre de la commémoration de la Première Guerre mondiale.

Dans Les Chevaliers de Colomb en temps de paix et en temps de guerre (1920), nous pouvons lire ces mots : « L’office religieux le plus impressionnant de l’histoire des Forces expéditionnaires américaines en Europe a été célébré à Paris pour le Vendredi Saint de l’année 1919 lorsque l’Ordre des Chevaliers de Colomb […] a organisé un service aux fins de la vénération publique de la croix. Dix mille américains remplissaient l’incroyable édifice et l’Archevêque de Paris, le Cardinal Mgr. Amette, présidait l’office. »

On a beaucoup parlé de l’importance de ce terrible incendie. Mais il est difficile de comprendre ce qu’il signifie pour le peuple français et plus particulièrement pour les catholiques de France.

Peut-être que le poème « La Vierge à midi », de Paul Claudel, pourra nous aider à comprendre. Il est intéressant de souligner que la conversion de Paul Claudel a eu lieu à la Cathédrale Notre-Dame le soir de Noël en 1886.

« Il est midi. Je vois l’église ouverte.
Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour
vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur,
savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.
Rien que pour un moment pendant
que tout s’arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le coeur chanter dans son propre
langage,
Ne rien dire, mais seulement chanter
parce qu’on a le coeur trop plein […].
Parce que vous m’avez sauvé, parce
que vous avez sauvé la France,
Parce qu’elle aussi, comme moi, pour vous
fut cette chose à laquelle on pense,
Parce qu’à l’heure où tout craquait,
c’est alors que vous êtes intervenue,
Parce que vous avez sauvé la France
une fois de plus,
Parce qu’il est midi, parce que nous
sommes en ce jour d’aujourd’hui,
Parce que vous êtes là pour toujours,
simplement parce que vous êtes Marie,
Simplement parce que vous existez,
Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée ! »

Lorsque le président français a annoncé aujourd’hui que la Cathédrale Notre- Dame sera rebâtie, j’ai pensé à la façon dont les formidables cathédrales gothiques ont initialement été construites. Un récit de 1144 indique que les croyants étaient librement « attelés à des charrettes chargées de pierres, de bois, de blé et de tout ce qui pourrait être utile pour construire la cathédrale, dont les tours s’élevaient vers les cieux comme par enchantement […]. Partout, des hommes s’humiliaient, faisaient pénitence et pardonnaient leurs ennemis. On pouvait voir des hommes et des femmes traîner de lourdes charges dans la boue et la fange, louant en chanson le miracle que Dieu accomplissait sous leurs yeux. »

Compte tenu de tous les controverses ayant porté atteinte à l’Église ces dernières années, l’image de cette Cathédrale en flammes semblait, d’une certaine manière, symboliser la dévastation ressentie par tant de catholiques tandis que notre Église était secouée par des crises à répétition.

Le feu a détruit de superbes cathédrales par le passé et elles ont été rebâties. Alors espérons que cela sera à nouveau le cas.

Mais pas seulement pour cette église. Prenons la résolution de « rebâtir » patiemment l’Église, non pas avec des pierres ou du mortier mais avec des pierres vivantes dans le même esprit que ces premiers bâtisseurs : avec humilité, pénitence et gratitude pour le miracle que Dieu continue d’accomplir sous nos yeux.

Et faisant cela, accordons notre confiance à Marie qui « à l’heure où tout craquait » n’a pas hésité à intervenir pour nous.

Vivat Jesus!