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Homélie de Mgr Charles J. Chaput
Archevêque de Philadelphie
Messe votive pour les familles
Messe d’ouverture du 133e Congrès suprême
Philadelphie, Pennsylvanie
Le 6 août 2015

C’est une joie de vous accueillir à Philadelphie pour ce premier chapitre de la Rencontre mondiale des familles. Comme vous le savez, nous participerons à une rencontre assez importante, ici, dans 49 jours. Nous nous attendons à ce que pas moins de 15 000 personnes soient présentes dans ces salles, pour le congrès de la Rencontre mondiale des familles qui est prévue avant la visite papale. J’aimerais donc profiter de l’occasion pour inviter chacun d’entre vous à revenir et à se joindre à nous pour cette merveilleuse célébration de la vie familiale au cœur de l’Église. Naturellement, je blague lorsque j’affirme qu’il s’agit du premier chapitre de cette rencontre. Mais c’est le cas dans un certain sens.

Lorsque je suis arrivé dans la salle où est célébrée la messe ici ce matin et que j’ai regardé saint Joseph dans cette merveilleuse photo qui fait partie de nos célébrations, je me demandais à quoi il pouvait bien penser? Le regard sur son visage est plutôt perplexe. Il semble se demander : « dans quoi me suis-je embarqué? »

Lorsque j’ai répondu si mystérieusement à la Parole de Dieu, je dois avouer que je me sens un peu de cette manière alors que nous nous préparons pour la Rencontre mondiale des familles. Cela dit, j’apprécie grandement vos prières et votre soutien, alors que nous progressons vers cette importante célébration. Je vous prie donc d’être des nôtres durant la dernière semaine du mois de septembre.

La messe d’aujourd’hui célèbre la vie familiale. Avant de méditer sur les lectures d’aujourd’hui dans ce contexte, j’aimerais aborder brièvement la fête de saint Jean Vianney, qui figure également au calendrier liturgique aujourd’hui. Je pense que les paroles que je souhaite adresser aujourd’hui sont davantage destinées à mes frères prêtres et diacres, alors que nous célébrons la fête du patron de tous les prêtres, saint Jean Vianney. Le cardinal Barbarin, de Lyon en France, qui est aussi le siège métropolitain à l’intérieur duquel la ville d’Ars est située, est présent parmi nous ce matin. Nous l’accueillons donc d’une manière particulière aujourd’hui, en lui souhaitant une « bonne fête liturgique » en cette fête de saint Jean Vianney.

Saint Jean Vianney n’a pas été ordonné au sacerdoce en raison de ses aptitudes. Il était pauvre, au niveau des talents humains tels que perçus par ses formateurs au séminaire. Il a été ordonné en raison de sa dévotion et du fait qu’il était entièrement dévoué au Christ. Son parcours au séminaire, voire même durant les étapes ultérieures de son cheminement, ne s’est jamais vraiment démarqué par le succès sur le plan intellectuel. Mais il était appelé à devenir l’un des plus grands prédicateurs dans l’Église, reconnu pour sa capacité à attirer les gens vers Jésus à travers le sacrement de réconciliation. Il est le patron de chacun d’entre nous qui sommes appelés au sacerdoce, nous rappelant que les qualités ou capacités intellectuelles ne sont pas vraiment les plus importantes. Ce qui compte, c’est d’être pieux, dévoué envers le Seigneur et Son peuple. Nous implorons donc son intercession, alors que nous nous efforçons de l’émuler.

Le Magnificat d’aujourd’hui contient une petite citation de saint Jean Vianney que j’aimerais partager avec vous. Voici ce qu’il affirmait au sujet des prêtres et il demande aux fidèles laïcs d’y réfléchir. Il affirmait : « Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien.

À quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour ouvrir la porte ? » Le rôle du prêtre consiste à ouvrir la porte de nos cœurs et de nos vies à Jésus-Christ. Nous sommes reconnaissants pour le cadeau du sacerdoce et ceux d’entre nous qui en exerçons le ministère demandent au Seigneur de nous aider à être empressés dans notre désir d’ouvrir les portes de Jésus à ceux et celles que le Seigneur nous demande de servir. Saint Jean Vianney, priez pour nous.

Passons maintenant aux lectures de l’Évangile. Nous célébrons aujourd’hui la messe pour honorer les familles et j’aimerais dans un premier temps aborder le sujet de vos familles personnelles, avant de passer à celui de la famille de l’Église. Tout d’abord, votre famille personnelle dans le contexte de la première lecture extraite du Livre des Nombres est le récit de la vie de Moïse et de sa famille, de son frère Aaron et de sa sœur Miryam. Comme vous pouvez le constater à la lumière de cette lecture, ils avaient eux aussi leurs problèmes. Miryam et Aaron étaient soit jaloux ou envieux de leur frère. La différence entre la jalousie et l’envie est importante. Être envieux signifie que nous aimerions avoir ce qui est la possession de quelqu’un d’autre. Être jaloux signifie que nous aimerions avoir quelque chose, tout en souhaitant que quelqu’un d’autre ne l’ait pas. Il semblerait donc que les membres de la famille de Moïse étaient prisonniers de ce cycle d’envie et de jalousie. L’Évangile affirme : « Et ils dirent : « Yahvé ne parlerait-il donc qu'à Moïse ? N'a-t-il pas parlé à nous aussi? » J’imagine qu’ils étaient jaloux ou envieux de l’attention accordée à Moïse par la communauté ou peut-être même jaloux de l’attention qui lui était accordée par Dieu. Ils voulaient tout cela pour eux-mêmes.

D’une certaine manière, ils percevaient les dons accordés à Moïse comme étant des possessions matérielles, plutôt que des dons accordés pour le dévouement envers la communauté. Ils désiraient posséder tout cela, ainsi que l’attention qui en découlait, pour eux-mêmes. Dans cette lecture, nous voyons que Dieu se mit très en colère à leur endroit. Il décrit Moïse comme étant l’un des hommes les plus humbles et, dans cette lecture, il est fait mention du fait que Moïse avait une relation telle avec Dieu que les deux se parlaient face à face. Pour tout dire, la formulation littérale ne fait pas référence à un dialogue « face à face », mais de lèvre à lèvre, comme s’ils s’embrassaient. Voilà le type de relation personnelle intense que Dieu entretenait avec Moïse.

Dans sa colère, Dieu punit alors Miryam d’une manière particulière en lui imposant d’être atteinte de la lèpre. Sa peau est devenue aussi blanche que possible en raison de cette maladie. Il s’agit là d’une leçon pour la vie familiale. Les membres de notre famille, et pas seulement les frères et sœurs, mais notre époux ou épouse ainsi que nos enfants sont appelés les uns les autres par Dieu à vivre dans une communauté d’amour et de dévouement dynamiques. L’un des aspects qui affaiblit la vie familiale est la jalousie ou l’envie qui existe parfois à l’intérieur de notre famille, lorsque nous sommes en compétition entre nous, plutôt que de nous entraider et de nous encourager à développer tous les talents et dons que Dieu a accordé aux autres membres de la famille. C’est vrai à propos de la situation observable dans la vie de Moïse, mais c’est aussi vrai dans nos vies. D’une certaine manière, Dieu se met en colère devant ces relations dysfonctionnelles. Dieu nous appelle à beaucoup plus, c’est-à-dire à nous entraider les uns les autres, à nous percevoir comme étant des dons de Dieu et à mener des vies de dévouement envers les autres membres de notre communauté. La fin de cette lecture nous permet de constater que la situation est rectifiée seulement parce que Moïse était un homme miséricordieux et qu’il supplia Dieu de guérir sa sœur. La lecture n’en fait pas mention, mais huit jours plus tard, la santé de celle-ci était restaurée et elle effectuait son retour au sein de la communauté, ce qui nous rappelle l’importance du pardon dans la vie de nos familles. Cet équilibre auquel Dieu nous appelle au niveau de l’amour et du dévouement entre nous ne peut se manifester sans une grande mise en pratique du pardon. C’est à travers le pardon que nous faisons l’expérience de la miséricorde de Dieu, tant en tant que bénéficiaires que donateurs. C’est le pardon qui couvre la multitude des péchés dans les relations qui existent entre nous.

Dans la célébration d’aujourd’hui, nous demandons au Seigneur:

  • De réparer nos familles;
  • De nous ramener à l’équilibre;
  • De faire jaillir en nous l’amour;
  • De nous enseigner la miséricorde et le pardon;
  • D’apprécier les dons de Dieu, comme étant offerts aux autres membres de notre famille.

Notre lecture de l’Évangile nous amène à une réflexion au sujet de la famille de l’Église, parce que nous formons une famille en tant que membres de l’Église, tout autant que nous sommes membres de nos propres familles biologiques. Par le baptême, Dieu nous appelle Ses enfants, ce qui signifie que les autres membres de l’Église sont également Ses enfants et, par le fait même, nos frères et sœurs. Il ne s’agit pas d’une signification abstraite et théorique. Le nom commun qui est attribué aux chrétiens dans la communauté est celui de frère ou de sœur.

Dans la lecture d’aujourd’hui, nous voyons les apôtres prisonniers sur un bateau et, traditionnellement, nous référons à l’Église comme étant la barque de Pierre. Le mot « barque » n’est pas souvent utilisé en anglais. J’ai regardé dans le dictionnaire, lorsque je préparais mes remarques, et le mot barque désigne une très petite embarcation. Lorsque nous évoquons le bateau comme étant la barque de Pierre, nous y référons non pas comme à un paquebot, mais comme un petit bateau qui peut facilement tanguer durant une tempête sur la mer. C’est ce qui se produit dans la lecture de l’Évangile d’aujourd’hui. Beaucoup de choses se produisent dans le monde, lesquelles ont pour effet d’agiter la barque de Pierre. Aux États-Unis, l’histoire des abus sexuels par des prêtres a été source d’un grand scandale pour nous. Nous avons aussi pu observer une diminution du nombre de personnes fréquentant l’église le dimanche, qui sont passés de 70 à 80 pourcent des croyants il y a un certain temps à 25 et 30 pourcent aujourd’hui. Plusieurs d’entre vous constatez que vos enfants et vos petits-enfants ne vont plus à la messe, épousant parfois une vision du monde de la vie familiale qui est bien différente de la vôtre. Tout cela peut occasionner, à juste titre, un sentiment d’anxiété devant les tempêtes culturelles au milieu desquelles nous nous trouvons aujourd’hui.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous trouvons une parole d’encouragement pour la famille de l’Église qui est prise au cœur de la tempête. Plusieurs éléments ont de quoi nous encourager. Premièrement, il est important de savoir que ce qui est arrivé aux apôtres jadis est similaire à ce qui nous arrive aujourd’hui. C’est l’histoire de notre Église. Alors qu’ils étaient secoués par les vagues, Jésus priait pour eux. Nous percevons Jésus comme étant devant le trône du Père, intercédant pour Son Église. Rien ne peut nous apporter une plus grande consolation et une plus grand espérance que la connaissance et la croyance de la notion selon laquelle Jésus prie pour l’Église et que, chaque fois que le Père entend sa voix, Il répond.

Deuxièmement, cette lecture nous apprend non seulement que Jésus prie pour les apôtres, mais qu’il est conscient de la tempête dans laquelle ils sont empêtrés et qu’Il vient se joindre à eux pour les guider à travers les eaux tumultueuses. Jésus ne prie pas seulement pour nous à distance, devant le trône du Père – ce qui, de toute manière, n’implique pas une conception de distance dans notre compréhension des choses – mais il marche avec Son Église et avec nous qui en sommes membres. Il vient à nous, au moment où nous sommes habités par l’anxiété durant la tempête.

La troisième chose que nous apprenons grâce à cette lecture, c’est que Jésus répond d’une manière particulière au cri de Pierre, lui-même coincé avec ses frères apôtres sur le bateau au milieu de la tempête. Dans l’Église d’aujourd’hui, nous savons que le Seigneur entretient une relation très spéciale avec le successeur de Pierre, c’est-à-dire avec notre Saint-Père, le pape François. À l’image de Jésus qui, dans le récit de l’Évangile, a tendu la main à Pierre, l’a touché et l’a approché de Lui dans ce moment de crise, nous savons que Jésus fait aujourd’hui la même chose avec le successeur de Saint-Pierre et de sa barque. Nous pouvons donc être confiants dans le leadership offert par le Saint-Père, parce que la relation qui existe entre lui et nous est symbolisée par le fait que Jésus a pris la main de Pierre dans l’Évangile d’aujourd’hui. De la même manière, Jésus prend la main de notre Saint-Père, le pape François, alors que celui-ci guide l’Église vers le rivage sécuritaire, à travers la tempête qui nous secoue aujourd’hui.

Tous ces éléments devraient donner confiance à l’Église dans cette période très difficile. Dans 49 jours, nous accueillerons la Rencontre mondiale des familles à Philadelphie, et ce, afin de réaliser deux objectifs :

  • Renforcer la vie familiale;
  • Renouveler notre engagement à mener une vie plus fidèle dans les années à venir.

Notre Saint-Père François se joindra à nous ici, mais sa présence ne sera pas réservée aux gens de Philadelphie ou des États-Unis, mais également aux personnes venues de partout à travers le monde, parce que c’est une Rencontre mondiale des familles qui symbolise le fait qu’il nous dirige à travers la tempête de notre époque, afin que nous revenions à la compréhension du mariage et de la famille selon l’Évangile, et ce, afin de faire de nous un solide sacrement et un signe de la présence du Christ dans le monde d’aujourd’hui.

Nous célébrons cette messe, dans l’attente de cet événement et nous demandons au Seigneur – à l’image des Chevaliers de Colomb qui renouvèlent leur engagement envers la vie familiale au cours de cette semaine de célébration – qu’Il accorde à vos familles, les familles des membres des Chevaliers de Colomb, d’être des symboles solides et sécuritaires de la présence de la famille aimante au cœur de l’Église.